À la une | 21/11/2017

Assises de l’éducation – Jour 3 : Vers des pédagogies libératrices

En proposant de « changer de regard » sur l’éducation, les intervenants qui ont pris la parole lors du dernier jour des Assises, vendredi 17 novembre, ont tracé un chemin vers de nouvelles pratiques éducatrices, tournées vers l’émancipation.

Représentée par l’image d’un vase vide qu’un adulte remplit de savoir, la pédagogie traditionnelle, jugée « descendante », « frontale » et « inefficace », a fait l’objet de toutes les critiques, lors de la dernière séance des Assises de l’éducation stéphanaise. Convaincu qu’il faut avant tout « aider les enfants à se construire des compétences sociales émancipatrices », Claude Escot, membre du conseil scientifique de la fédération nationale des Francas, a insisté sur le fait « qu’on n’apprend rien aux gens, mais qu’on leur permet d’apprendre ». Apprendre à apprendre plutôt qu’imposer un savoir, en somme. Fervent défenseur de l’éducation populaire, qui mise sur le pouvoir d’agir par soi-même, Claude Escot ne s’est pas contenté de lister les compétences indispensables pour s’émanciper des « dominations externes et internes », il a aussi voulu présenter des actions concrètes, faciles à mettre en œuvre. Un exemple : les ateliers à visée philosophique qu’il pratique ont pour vertu de permettre à chacun de « dire ce qu’il pense, d’argumenter son point de vue et d’écouter l’autre », mais aussi d’apprendre à « transformer les affirmations en questions, pour mieux comprendre le monde. » Cette pédagogie par le doute, qui se situe à des années lumière des pratiques traditionnelles, repose selon Claude Escot sur « des règles qui n’interdisent pas mais qui libèrent ».
Les propositions formulées par Laurent Ott, philosophe social, sont apparues plus décalées encore des préconisations de l’éducation nationale : partisan de Célestin Freinet, pédagogue de la première moitié du XXe siècle, Laurent Ott a en effet défendu « une pédagogie où l’enfant n’est plus passif, comme en pédagogie traditionnelle, mais où il n’est pas seulement acteur, comme dans l’éducation nouvelle, mais aussi auteur ». « L’acteur ne choisit ni le décor, ni le scénario, ni les dialogues, a-t-il souligné, alors qu’en pédagogie sociale, nous sommes tous les auteurs de ce que nous allons faire ensemble. »
Films et photos à l’appui, l’orateur, qui dirige l’association Intermèdes-Robinson, a alors montré comment sont mis en œuvre ces principes, notamment dans l’accueil des Roms, dans les bidonvilles de l’Essonne. «Assis par terre, avec les enfants, les adultes animent des ateliers créés pour que les enfants s’apprennent des choses à eux-mêmes, sans contrôle», a expliqué le philosophe. Libres du choix des sujets et des formes d’expression, ils apprennent peu à peu le français, les mathématiques, la danse, le chant…
Ayant recours à certains de ces principes, l’initiative stéphanaise des Quartiers d’enfants, dont la présentation a clos cette 4e édition des Assises de l’éducation, cherche à mettre la ville à hauteur d’enfant : « L’objectif est de favoriser l’expression des enfants, et de la rendre influente », a expliqué Jérôme Lalung, responsable du projet éducatif local. Inviter les plus jeunes à rêver leur ville, comme ce fut fait à l’échelle du quartier Babeuf ou les aider à se réapproprier leur environnement, comme l’envisage l’Association du centre social de la Houssière pour le quartier sud, dans tous les projets, menés par une diversité d’acteurs volontaires, l’ambition est de donner aux enfants la possibilité d’être acteur – voire même auteur – de la cité.

> Retrouvez le programme détaillé de ces 4es Assises de l'éducation

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