À la une | 19/05/2017

Assises urbaines, jour 3 : la ville durable, une œuvre collective

Sur le devant de la scène, depuis plusieurs années, le développement durable reste une notion floue. Un concept « attrape-tout », derrière lequel se cachent bien des réalités, des projets et des initiatives. Quelles en sont les applications à l’échelle de la ville ? La dernière séquence des Assises urbaines a esquissé, vendredi 19 mai, quelques pistes de réflexion.

Démolition, reconstruction, résidentialisation : de très lourdes opérations de renouvellement urbain touchent des villes françaises depuis le début des années 2000. Une décennie plus tard, l’heure est souvent à la conception d’éco-quartiers, qui doivent répondre à une série de critères très normés pour être labellisés. Séduisants sur le papier, atteignent-ils toujours leurs objectifs ? Notamment quand ils s’implantent – à l’instar du projet d’éco-quartier Flaubert - à proximité de sites industriels polluants, comme l’ont fait remarquer plusieurs participants aux Assises. Et si, face aux ambiguïtés des grands projets, qui ne répondent pas toujours aux réalités locales, la construction de la ville durable relevait d’autres mécanismes ?
Moins spectaculaires et plus diffuses, une multitude d’initiatives responsables germent aujourd’hui en ville. Les résultats obtenus par l’unité de valorisation énergétique du SMEDAR* en témoignent : « L’incinération annuelle de 315.000 tonnes de déchets permet d’assurer une production d’électricité équivalente aux besoins d’une ville telle que Rouen », a expliqué Patrice Dupray, maire de Grand-Couronne et président du SMEDAR. De quoi porter sur nos déchets un nouveau regard !
Faire du déchet une ressource, telle est aussi le but du compostage qui, s’il est encore peu développé chez les particuliers, s’introduit toutefois timidement en ville : « Avec la Métropole, nous avons mis en place des containers à la cuisine centrale municipale pour récupérer les déchets verts, a donné pour exemple Déborah Lefrançois, directrice de l’urbanisme à Saint-Étienne-du-Rouvray. Nous sommes victimes de notre succès et produisons plus de compost que n’en a besoin le service des espaces verts. Il faudrait donc que nous nous mettions en lien avec d’autres acteurs de la métropole. » Pourquoi pas avec toutes ces associations de jardins partagés qui se multiplient ? Ou avec l’association le Champ des possibles, dont l’ambition est de promouvoir l’agriculture urbaine : « Nous voulons rendre le développement durable plus concret, a indiqué Karen Yvan, coordonnatrice de l’association. Car l’agriculture est un sujet qui permet de se poser les bonnes questions, à l’échelle individuelle et collective. » Des questions qui concernent l’alimentation et la santé, qui ont trait au maintien de l’économie locale, via les circuits courts, ou encore à la dynamisation du paysage urbain. Sans prétendre nourrir tous les citadins de l’agglomération avec les deux fermes que son association est en train de créer, au parc de Repainville et sur l’ancien hippodrome des Bruyères, Karen Yvan mise avant tout sur le potentiel mobilisateur de ces expérimentations.
« Nous voyons fleurir beaucoup d’initiatives de ce type, s’est réjouit Valérie Lopes, architecte au CAUE 76**. Elles sont le fait de groupements d’humains qui ont des idées et auxquels, à mon avis, il ne faut pas imposer de cadre. »
Sans nier le rôle des politiques publiques, la ville durable ne serait-elle pas aussi, tout simplement, affaire de relation humaine, de liberté et d’inventivité ?
Un sujet à explorer jusqu’au 4 juin, à l’occasion des rendez-vous participatifs organisés par la Mairie dans le cadre des Assises urbaines.

* SMEDAR : syndicat mixte des déchets de l’arrondissement de Rouen
** CAUE76 : conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement de la Seine-Maritime

Picto commentaire ajouter un commentaire

Picto rss s'abonner à ce fil RSS