À la une | 25/06/2010

La retraite, sujet qui fâche au conseil

Les conseils municipaux sont ainsi faits que les sujets qui fâchent ne sont pas nécessairement ceux inscrits à l’ordre du jour. Le grand débat de l’assemblée communale du 24 juin 2010 a ainsi porté sur la réforme des retraites à l’issue d’une journée de forte mobilisation. Et le moins qu’on puisse dire c’est que le sujet ne fait pas consensus.
D’entrée de jeu, le maire Hubert Wulfranc a souhaité marquer sa satisfaction "de la mobilisation du monde du travail concernant son opposition à cette réforme". Pour le premier magistrat ce n’est qu’un début : "nous veillerons à faire en sorte que le débat engagé dans le pays se développe, que cette réforme ne voie pas le jour car elle sanctionnerait un recul historique des acquis sociaux."
L’élu UMP Serge Cros prend aussitôt le contre-pied : il dénonce le mot "recul, un mot qui ne me paraît pas adapté à la situation que vivent le pays et l’ensemble des pays occidentaux : le recul n’est pas une fin en soi mais une manière de prendre en compte la situation réelle du pays. Une preuve d’intelligence si l’on veut que les générations futures puissent bénéficier du droit à la retraite." Pour le conseiller de droite pas de doute, la réforme des retraites est "une bonne décision du gouvernement élaborée en concertation avec les partenaires sociaux. Une bonne partie de la population acquiesce à ses dispositions justes et solidaires si l’on veut sauver ce système de retraite par répartition."
Au nom du groupe communiste, Daniel Vézie a ensuite présenté un vœu pour réclamer le retrait de la réforme envisagée "qui vise à casser le droit au départ à 60 ans et le système de répartition pour favoriser le système par capitalisation." Et de réclamer au contraire " une augmentation des retraites et retour au plein emploi". Pour y parvenir, les élus communistes entendent "faire contribuer les revenus financiers, et augmenter la part des salaires et des pensions dans la répartition des richesses produites".
L’adjoint au maire Rémy Orange, au nom du groupe socialiste, a présenté un vœu allant dans le même sens pour dénoncer à son tour "un projet injuste et irresponsable" avant de promouvoir à son tour des propositions pour prendre en compte la pénibilié, élever l’emploi des seniors et augmenter le niveau des pensions.
Constatant la convergence des textes proposés, le maire propose une suspension de séance pour permettre aux élus de gauche d’élaborer une motion commune.
Michèle Ernis, élue droit de cité 100 % à gauche se déclare favorable à cette suspension. Elle se félicite du succès des manifestations du jour "un très grand nombre dans la rue, tous, syndicats, partis politiques, générations, mélange public privé. Ça fait chaud au cœur." Mais l’élue prévient : "un seul mot d’ordre est possible : le retrait. Il ne s’obtiendra que par l’unité."
Il n’en faut pas davantage pour susciter la colère de l’élu UMP Serge Cros, qui participait là à son ultime conseil, puisque démissionnaire. Hurlant au-delà de son micro, l’élu de droite a dénoncé avec véhémence les arguments de la gauche : "Ça suffit, ça suffit, c’est du rabâchage, du bourrage de crâne du n’importe quoi, rien à voir avec les questions municipales. Arrêtez, vous dites n’importe quoi. On n’est pas place du Colonel Fabien. L’ordre du jour n’est pas respecté !" Autre élu UMP, Jacques Vittet quitte purement et simplement la séance en claquant la porte.
Au retour de suspension de séance, Serge Cros dénonce de nouveau "des balivernes avec tout ce qui se fait en faveur des plus démunis, qui bientôt, ne seront plus démunis".
Les élus de gauche, par la voix de Daniel Vézie, se retrouvent sur une déclaration commune qui réaffirme "la retraite comme un droit vital, avec le droit au départ à 60 ans à taux plein, la sécurisation de l’emploi entre 18 et 60 ans, la mise à contribution des revenus financiers…"
Mais l’unité de la gauche s’effrite lorsque le maire propose de mettre aux voix cette déclaration en revenant "sur l’édition de la carte pétition contre la réforme éditée par la Ville. Cette carte avait pour ambition d’être l’élément déclencheur d’un rassemblement pour faire vivre la défense du droit à la retraite. Nous allons continuer à la faire vivre au-delà de cette enceinte, pour apporter la force des convictions du mouvement progressiste sur cette question", avant l’examen de la réforme par les députés à partir du 6 septembre. La carte pétition adressée au président de la République a été présentée à Aire de fête et est disponible dans les accueils municipaux.
L’adjoint socialiste Rémy Orange veut marquer sa différence sur cette démarche : "sur le fond, il n’y a pas de divergence locale, mais sur les moyens employés, il y a divergence : ce sont aux élus de se prononcer, aux Stéphanaises et Stéphanais de s’emparer de cette question, aux partis, syndicats mais pas à la Ville en tant que telle".
Une prise de position qui fait réagir vertement le premier adjoint, Joachim Moyse : "je ne peux pas laisser dire que c’est l’affaire des syndicats et partis politiques : la Ville est attaquée de plein fouet car les demandes d’aide sociale vont augmenter. L’élu responsable du personnel et des finances souligne les impacts redoutés de la réforme sur la gestion municipale : impact du passage à 62 ans sur la masse salariale, conditions de travail dégradées pour nos agents qui ont des difficultés physiques à partir de 55 ans. Mais aussi le gel des salaires des fonctionnaires, augmentation des cotisations qui entraînera une baisse du pouvoir d’achat… Autant de raisons pour lesquelles la Ville doit s’impliquer", selon le premier adjoint.
Après une heure de débats tous azimuts, le conseil peut alors se penche sur l’ordre du jour… Et là, les délibérations seront adoptées sans remous.
Deux ou trois sujets ont néanmoins suscité quelques échanges. C’est désormais devenu une habitude, Serge Cros a voté contre la délibération concernant les frais de mission du directeur du Rive Gauche considérant que ce dernier effectuait "trop de déplacements par rapport aux capacités du théâtre". "Au vu de la situation, il serait normal que tout le monde fasse un effort." Les autres élus ont pour leur part renouvelé leur soutien au travail du directeur.
Daniel Vezie, président du groupe des élus communistes et républicains, est intervenu juste après le vote, à l’unanimité, d’une délibération sur le retrait d’une compétence facultative de la Crea concernant la "révision et la modification des Plu intercommunaux existants". Le conseiller municipal a tenu à faire part des craintes de son groupe sur le fait qu’une telle décision serait annulée en cas de transformation de la communauté d’agglomération en Métropole. Ce que la réforme des collectivités rend désormais possible pour notre territoire puisqu’il compte les 450 000 habitants nécessaires. "Nous avons déjà voté un vœu contre le principe de la Métropole lors d’un précédent conseil ", a-t-il tenu à rappeler. Michèle Ernis a alors précisé avoir, en son temps, voté "contre la constitution de la Crea", en raison de son périmètre "trop disparate " Le maire a ensuite souhaité que la réforme territoriale, en cours de discussion au Parlement, fasse l’objet "d’un débat national, voire au niveau de l’agglomération".
Enfin, Michèle Ernis a fait une déclaration le sujet de l’UMD, unité pour malades difficiles, bientôt construite au centre hospitalier du Rouvray. Elle a dénoncé "le peu de cas fait à la psychiatrie dans ce pays", prôné une "psychiatrie qui soigne et qui ne réprime pas", et condamné "le déploiement policier" lors de la récente venue du ministre de la Relance sur ce chantier. Enfin, l’élue Droits de cité, 100 % à gauche est intervenue contre la construction du réacteur nucléaire EPR à Penly, un projet qu’elle a qualifié de "coûteux, inutile et dangereux . Hubert Wulfranc a proposé que le sujet soit mis au débat lors d’une prochaine rencontre.

> la vie du conseil municipal

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