À la une | 15/07/2010
La nature du fleuve
Draguée, canalisée, bordée de zones industrielles, la Seine reste un espace de nature. Ses îles, de Saint-Étienne-du-Rouvray à Elbeuf, sont classées site Natura 2000. Valoriser le fleuve est un enjeu autant économique qu’environnemental.
Cent ans après Monet et Pissarro, la Seine paraît moins accessible. Elle borde Saint-Étienne-du-Rouvray sur 4 km environs, mais le chemin de halage, au bout de la rue Poulmarch, est aujourd’hui une rue peu propice aux flâneries. Pourtant la vue sur le fleuve y est toujours captivante et on devine dans les berges une vie foisonnante. Toutes les îles qu’on perçoit à travers les arbres sont classées depuis 2005 dans le réseau européen des sites Natura 2000 : l’île de la Crapaudière, la seule sur le territoire stéphanais, derrière elle les îles Saint-Antoine et Ligard, plus loin l’île Bas des vases, puis l’île Merdray … Le site de protection s’étend jusqu’à l’île aux Moines, près de Martot dans la boucle d’Elbeuf. Toutes représentent un habitat naturel particulier, conditionné par les marées, fait de vase et d’eau et propice à des espèces locales protégées : scirpe triqueter, cuscute, renoncule flottante, séneçon et euphorbe des marais. Elle sont aussi riches de saules et aulnes qui forment des forêts alluviales.
« Les vasières en bordure des îles forment des milieux intéressants pour les plantes et importants pour nourrir les poissons, les oiseaux, expliquent les techniciens de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal). Même si l’eau ici n’est pas salée, c’est un milieu d’estuaire. » La gestion de ces sites Natura 2000 est assurée par un comité de pilotage rassemblant élus, services de l’État, associations et usagers du fleuve, telle la Chambre de commerce, la Chambre d’agriculture, et Voies navigables de France qui est propriétaire de la plupart de ces îles. Le Conseil général en est l’opérateur.
Que ces îles soient classées en espaces naturels à protéger est rassurant sur l’état de notre environnement. Mais tout n’est pas vert. Ces langues de terre ont été utilisées pour y déposer les dragages du fleuve, ce qui les a surélevées et a fait disparaître des zones humides. Le développement du transport fluvial dans le cadre du développement durable pose d’autres problèmes : « C’est bon pour l’environnement, mais on risque de vouloir stabiliser le fleuve et faire disparaître des vasières », reconnaît-on à la Dreal. Concilier les deux est un des enjeux du comité de pilotage. Il y a aussi la pollution : la Seine est plus propre qu’avant, les poissons y vivent, mais des poisons comme les PCB (polychlorobiphényles ou pyralènes), les hydrocarbures s’accumulent dans le lit du fleuve depuis des années, menaçant la chaîne alimentaire. D’autres contaminations dues aux résidus de médicaments commencent aussi à être repérées. Depuis 2008, en Seine-Maritime, il est encore possible de pêcher en Seine des brochets, gardons, brèmes, sandres, mais il est interdit de les consommer ou de les commercialiser.
Sur les berges aussi les déchets s’accumulent. L’association SOS Mal de seine chiffre à 800 tonnes les détritus charriés par le fleuve chaque année à hauteur du barrage de Poses. Et le chemin de halage est un lieu discret pour se débarrasser de pièces de voitures désossées, vieux meubles, restes de chantiers de peinture. C’est simple, on y trouve de tout. « On a là un coin superbe, il faut arrêter de le gâcher, s’énerve Laurent Colasse, de l’association. Derrière il y a le fleuve, il y a la mer. » Pour protéger les lieux, il faut faire venir le public. Lui donner envie de se tourner vers le fleuve, comme la forêt de loisirs et la maison des forêts ont donné envie aux Stéphanais de se réapproprier la forêt du Rouvray. Le projet de revitalisation économique des zones industrielles de Seine Sud n’est pas incompatible avec des projets environnementaux. Le plan Grande Seine 2015 engagé par le Département vise autant la conservation des milieux naturels que le développement des atouts économiques. Parmi la centaine d’actions planifiées dans ce plan il y a le projet à Saint-Étienne-du-Rouvray, de restauration d’un bras mort du fleuve, en bordure du chemin de halage. Bordé de roseaux et de vasières, le site pourrait redevenir un lieu de nourrissage et de reproduction de poissons. De quoi intéresser les amateurs de nature ou les peintres du dimanche.






