À la une | 7/02/2012

Lundi 6 février : la solidarité, une valeur à partager

Julien Lauprêtre, président du Secours populaire et Hubert Wulfranc, maire de Saint-Étienne-du-Rouvray

Lancées lundi 6 février par Julien Lauprêtre, le président du Secours populaire français, les Assises de la solidarité se sont ouvertes sur le témoignage d’un acteur de premier plan et ont permis d’évaluer une action phare de la politique municipale : la tarification solidaire. Figure emblématique de la solidarité, Julien Lauprêtre a ouvert, hier soir, les Assises de la solidarité. Face "au raz-de-marée de la misère, au drame des familles monoparentales et des travailleurs pauvres", le président du Secours populaire a appelé les Stéphanais, présents en mairie, à "ne pas baisser la tête, mais à susciter, au contraire, un grand sursaut national autour de la solidarité".

Un appel qui fait d’autant plus sens, en plein hiver, avec des températures qui cette nuit ont plongé et frôlé les -15 degrés dans la région… Plus largement, dans ce "contexte de durcissement de la crise et de la précarité", pour reprendre les termes du maire, Hubert Wulfranc, et alors que le Secours populaire a aidé 2,4 millions de personnes en 2010 et 3 millions en 2011, les politiques publiques, y compris locales, ont un devoir de solidarité.

Un devoir de solidarité que la municipalité a souhaité placer au cœur des réflexions sur son projet de ville : si le programme de la semaine (voir ci-contre) en témoigne, la réforme de la tarification des services publics locaux, soumise au débat, hier soir, illustre tout particulièrement la conception que se fait la Ville de la solidarité. Car, en introduisant plus d’équité dans le système de tarification de la restauration scolaire, mais aussi des activités sportives et culturelles, elle défend une conception de la solidarité qui, comme au Secours populaire, ne se réduit pas à l’aide alimentaire. Mais qui considère la dignité de la personne humaine dans sa globalité, revendiquant le droit aux loisirs et aux vacances pour tous. C’est pourquoi, "recevoir Julien Lauprêtre a du sens pour une ville comme la nôtre", a tenu à souligner Hubert Wulfranc.

Pour cette première soirée des Assises de la solidarité, c’est donc le dispositif de tarification solidaire mis en place dans le cadre d’Unicité, qui a été soumis à discussion. Destinée à élargir le public destinataire de tarifs préférentiels, cette réforme a été construite, l’an dernier, "sur mesure" pour répondre aux besoins du public stéphanais. "L’objectif, a expliqué Anne-Claire Charlet, responsable du service solidarité de la Ville, est de permettre aux personnes traditionnellement exclues des dispositifs d’aide, notamment les travailleurs modestes, de bénéficier de tarifs." Les familles de deux enfants, dont les deux parents gagnent autour du smic, ont ainsi constitué le "public cible" d’une réforme qui vise également à préserver la mixité des publics qui fréquentent les structures municipales.

À partir de ces principes, le choix a été fait d’asseoir la tarification sur le quotient familial, mais "un quotient familial maison, qui prend en compte les revenus les plus récents", a précisé Anne-Claire Charlet. Et qui donne un coup de pouce aux personnes seules et aux familles monoparentales.

Questionnés sur les raisons de ces choix, sur leur coût ou encore sur la façon dont est pris en compte le taux d’imposition des familles, les responsables de ce dispositif ont mis en avant des chiffres qui prouvent son caractère à la fois juste et redistributif. Un exemple : pour un enfant qui mangerait à la cantine tous les jours, la modification des tarifs aura fait perdre 25 euros par an à une famille aisée, qui paie le tarif le plus haut, tandis qu’elle aura fait gagner 100 euros par an au "public cible". "Par rapport aux objectifs de départ, on a réussi à ce que personne ne se sente exclu, a estimé Jérôme Lalung-Bonnaire, responsable du projet de ville, on a préservé l’équilibre et la mixité, mais il reste toujours des possibilités d’adaptation. Surtout dans un contexte de forte dégradation des conditions de vie des classes les plus pauvres".

Invitée par la Ville à porter sur cette réforme son regard de spécialiste, Françoise Navarre, enseignante-chercheuse au laboratoire Lab’urba, a jugé la démarche intéressante, car "elle vise un objectif très large de solidarité, elle considère plusieurs catégories sociales et plusieurs types d’utilisateurs cibles et parce qu’elle est facile à mettre en place". Une approche originale comparée aux expériences que la chercheuse a pu observer en région parisienne, puisqu’il apparaît souvent "difficile, a-t-elle expliqué, de concilier les objectifs d’équité, de citoyenneté et de simplicité". François Navarre a enfin conclu son intervention en pointant l’originalité de la démarche des Assises, tant "il est rare que les politiques locales publiques soient évaluées, de surcroît en ouvrant le débat aux habitants".

Une démarche qui a d’ailleurs touché Chantal Dutheil et Christelle Jego, deux bénévoles du Secours populaire qui étaient dans le public, hier soir : "ça nous paraît logique que les familles qui ont plus paient plus, cette tarification qui nous a été présentée constitue donc un moyen pour organiser l’effort de solidarité". "De ce type d’Assises, il sort toujours quelque chose d’utile pour la solidarité, confiait de son côté Julien Lauprêtre, avant de repartir pour Paris. L’échange, l’expérience des uns et des autres, c’est toujours très enrichissant… Je souhaite que vos Assises apportent un souffle nouveau pour la solidarité dans votre ville."

Isabelle Friedmann

> Le programme des Assises de la solidarité

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