À la une | 10/02/2012

Le Rive Gauche perd Robert Labaye

Une voix s’est tue… et c’est un silence assourdissant qui règne sur Le Rive Gauche. Robert Labaye, directeur du centre culturel stéphanais s’est éteint jeudi 9 février, à 55 ans après un an d’un combat sans répit contre le "crabe" qui le rongeait. Avec Robert Labaye, les Stéphanais perdent un ami, le théâtre une âme forte, la culture un militant de tous les instants. Après avoir participé à l’aventure du théâtre Maxime-Gorki au Petit-Quevilly, dans les années 1980 Robert Labaye avait rejoint Le Rive Gauche en 1997 à l’occasion de la quatrième saison du théâtre stéphanais. Il prit en mains le destin de cet équipement hautement symbolique. Par son seul nom, Le Rive Gauche claquait comme un manifeste de la revendication d’un égal accès à la culture dans l’agglomération, porté par une commune qui, depuis le début des années 1960, a inscrit la culture comme valeur cardinale.

Il fallait plus qu’un programmateur pour faire vivre ce lieu et tisser le riche réseau qui permet son enracinement dans le territoire. Robert Labaye n’eut pas besoin de forcer sa nature. Artiste de théâtre lui-même, il était aussi un militant de la culture, dans le sens le plus noble du terme. Comme ardent défenseur d’une juste cause, pleinement investi dans la vie de "son" théâtre dans lequel il accueillait encore les spectateurs, vendredi 3 février. Comme passionné qui trouve son épanouissement dans le partage, l’émotion, l’éveil du sens critique.

En quinze saisons, Robert Labaye s’est efforcé de mettre en pratique une forme d’utopie : celle d’un spectacle vivant, exigeant, tourné vers tous. Il suffit d’un coup d’œil lancé à la salle un soir de spectacle pour en mesurer la portée. Étudiants, lycéens avec leurs profs, familles, côtoient les mamies venues avec le Mobilo’bus stéphanais ou les femmes des quartiers d’Entre deux rives.

C’est ainsi qu’il a voulu le lieu. Plus qu’une salle de spectacle, une sorte d’échangeur où se croisent en tous sens disciplines, pratiques, publics, artistes… Un lieu de diffusion, de production, d’action culturelle et de lutte aussi, espace de soutien affiché et revendiqué aux intermittents du spectacle.

Au fil des saisons, Le Rive Gauche est devenu une scène capable de donner à voir la poésie universelle d’un "Cirque invisible" conçu par le couple Thierrée-Chaplin, mais aussi la danse survitaminée de l’Australian Dance Theatre, un "Tartuffe" mis en scène par Éric Lacascade, une "Alice" revisitée par Flash Marionnettes, une Vanessa Van Durme ou le collectif Peeping Tom, issus de la prolifique scène belge. Scène conventionnée pour la danse, Le Rive Gauche reçoit des chorégraphes et danseurs hors-norme : Maguy Marin, Maryse Delente, Carolyn Carlson, Tero Saarinen, Béatrice Massin… Robert Labaye s’attache également à soutenir la création régionale, de Sylvain Groud à Mélodie Théâtre, de Laurent Dehors à la compagnie La BazooKa qui crée "Monstres", en résidence avec des écoliers du Château Blanc. Sans parler des projets, qu'il a échafaudés jusqu'au bout de ses forces, se projetant sur trois saisons avec Joanne Leighton dont il laisse à son équipe le soin de concrétiser les idées, à l'image de ce "Made in Saint-Étienne-du-Rouvray" prévu avec 99 danseurs amateurs.

Avec ses danseurs acrobates qui évoluent au rythme des cours boursiers et de la spéculation financière, "L’Iceberg", de la compagnie L'Eolienne, présenté début 2011 pourrait résumer cette démarche. Avec ce spectacle, Robert Labaye témoigne de sa fidélité à une compagnie, mais aussi à sa vision d’artiste, citoyen engagé sans sectarisme. L’art vient susciter l’émotion, comme moyen de se connaître, de se trouver ou de se retrouver, mais aussi d’appréhender un monde auquel il manque déjà.

Bruno Lafosse

• L'adieu au directeur du Rive Gauche se prépare. Deux moments sont prévus pour venir saluer une dernière fois Robert Labaye, samedi 18 février. La cérémonie aura lieu au funérarium du cimetière monumental de Rouen, à 9 heures. La famille et l'entourage de Robert Labaye ne souhaitent pas de couronnes, mais chacun peut venir une rose à la main.

L'après-midi du 18 février, un hommage public est organisé pour les amis au Rive Gauche à 14 heures. Un moment de réunion fraternelle, "chez Robert" en son théâtre.

Réactions

Par Josiane Motte | 13 février 2012 à 09:16

Merci, Robert de m'avoir permis de continuer le plaisir du théâtre en te suivant au Rive Gauche. Nous nous connaissions depuis l'enfance, à l'école de musique avec madame et monsieur Vaccaro où nous n'étions pas franchement des anges. Tu vas manquer au monde du théâtre, professionnels et spectacteurs. Tu pars un an après un autre Robert, mon père ! Et peut être que tu referas le monde avec lui dans ton nouveau monde. Bon courage à tous tes proches !

Par Sophie MOTTE | 13 février 2012 à 09:33

Merci Robert pour m'avoir fait partager ta passion du théâtre. Tu as été un des premiers à me faire découvrir le plaisir de jouer, je t'ai suivi au Rive Gauche pour continuer à vivre des moments de rêves avec les pièces que tu m'as fait découvrir. Tu restera à jamais dans mon cœur.
Bon courage à tes proches.

Par Fatima EL KHILI | 13 février 2012 à 16:33

Merci à toi Robert, pour ton accueil toujours chaleureux. C'était un plaisir de te voir avant le spectacle, de discuter un peu avec toi. Ta popularité et ton accessibilité faisaient que l'on devait te partager avec tout le public ! Un geste pour celui-ci, un mot pour celui-là... Oui Robert tu savais faire venir les gens à la culture, tu savais choisir de merveilleux spectacles et nous les faire découvrir et nous les faire aimer ! A la fin de la séance, tu étais là pour guetter notre impression, pour échanger et partager... Tu étais heureux pour nous, on sentait que l'on comptait, que l'on était unique ! Tu étais l'âme du RIVE GAUCHE, jusqu'au bout tu t'es battu et jusqu'au bout tu nous as souri ! Nous avons tous perdu un GRAND AMI. Nous ne t'oublierons jamais, on te souhaite de reposer en paix. Fatima EL KHILI

Par Delphine JACONO | 16 février 2012 à 22:31

Quelle claque, en surfant sur le net depuis Athènes. Et oui, nous sommes arrivés ici en août après 10 ans en Normandie... et quasi autant d'abonnement au Rive Gauche. Souvent durant ces quelques mois, en pesant les pour et les contre de notre nouvelle vie, nous avons regretté les spectacles vus dans les salles de l'agglo. Nous avons même récupéré les programmes, de retour pour les vacances en décembre, histoire de se faire mal en listant tout ce qu'on rate cette année ! Le Rive Gauche, c'est pour moi une salle de spectacle incroyable, à la programmation éclectique et jamais décevante (bon, si, une ou deux fois peut être, dont ce spectacle de danse où un guerrier masaï déambulait en chaussures de claquettes entre des colonnes de rouleaux de papier toilette). Mais le Rive Gauche c'était aussi et surtout Bob la pagaille, toujours là dans le hall du théâtre, saluant les spectateurs. Croisé aussi dans les manifs, communauté de coeur et d 'esprit. Et puis, il y avait le petit courrier aux abonnés, toujours juste, frappant là où ça fait mal, ne lâchant rien... Kalinirhta Robert !

Par lechat Lechat3 | 25 février 2012 à 21:33

Loin de SER, je viens de lire cette (triste) nouvelle. l'utopie culturelle dans le vraie vie, un brin décalé... Voilà tout... Cet énorme tout, qui donnait une autre profondeur au combat de cette ville... Salut Robert !

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