À la une | 16/02/2012

Robert Labaye, le salut des artistes et du public

"Merci pour tout ce que vous avez donné, donné à entendre, à voir, à lire à ressentir". "Merci pour tous ces moments magiques passés ici". Glanés sur le registre mis à disposition du public dans le hall du Rive Gauche, où Robert Labaye aimait à accueillir "son" public, ces messages de spectateurs résument la nature de l’émotion suscitée par la disparition du directeur du centre culturel stéphanais, à 55 ans, le 9 février. À la veille de l’adieu à Robert Labaye, samedi 18 février, de nombreux témoignages viennent dire la tristesse tout en apportant à son équipe et à ses proches un soutien précieux. Au-delà de l’instant douloureux, ils éclairent le sens de l’action de Robert Labaye et révèlent la profondeur de la trace laissée dans les mémoires. Ce n’est pas un hasard si le mot "merci" revient si souvent, pour souligner le rôle de passeur joué pendant quinze saisons de programmation mais aussi d’action culturelle. C’est à Maxime-Gorki, au Petit-Quevilly, que Robert Labaye avait fait ses premières armes dans ce domaine encore en friche. Jean Joulin, se souvient d’un Robert "arrivé par l’entrée des artistes au début des années 1970 et revenu par l’entrée principale pour occuper un poste d’animateur culturel". Cette aventure professionnelle et militante conduit Robert Labaye dans les écoles, les comités d’entreprises, les maisons de retraites, pour aller au-devant de ceux qui ne vont pas vers la culture. "Dans ce rôle de passeur, il s’est passionné, accroché pour ouvrir des portes, construire des initiatives innovantes, comme le festival de chanson européenne Tranche d’Europe express, ou l’invitation lancée à des auteurs en villégiatures, venus en résidence écrire et créer".

"Merci", c’est également le terme employé par ces artistes programmés, coproduits… bref soutenus par le directeur du Rive Gauche au fil des saisons. Un peu partout sur les scènes de France et d’Europe, des compagnies ont dédié leur spectacle à Robert Labaye. Hommage qui traduit la place particulière prise par ce personnage haut en couleurs et en coups de cœur dans la vie des artistes et des compagnies, notamment régionales.

Il y avait d’abord "Robert le découvreur". Sarah Crépin, de la compagnie La BazooKa en témoigne : "nous nous sommes rencontrés en 2002, lors d’une audition que je redoutais. Robert attendait un verre à la main, et m’a mise à l’aise tout de suite. À partir de là, on ne s’est jamais vraiment quittés", glisse-t-elle en évoquant les visites au Havre pour encourager le travail, porter un regard critique et conseiller, "sans jamais être intrusif". Le conteur Yannick Jaulin n’oublie pas qu’il a été programmé dès son premier spectacle au Rive Gauche par un directeur singulier : "dans nos métiers, nous sommes très dépendants des programmateurs. Beaucoup sont suffisants, voire calculateurs. On trouve rarement un type comme Robert, d’une grande humanité qui choisit le spectacle par passion, respectueux de l’intelligence de son public, un public auprès duquel il était constamment présent, car il aimait les gens". Depuis Yannick Jaulin a toujours trouvé les portes du Rive Gauche grandes ouvertes pour chacun de ses spectacles.

C’est que le découvreur était aussi un homme de fidélité. Les "habitués" du Rive Gauche sont légion, dans leur diversité : Laurent Dehors, L’Éolienne, Jacques Higelin, Philippe Genty, Peeping Tom ou la chorale Coup de chant qui fêtera ses vingt ans sur scène en fin de saison… Une fidélité indispensable aux créateurs pour se construire et avancer. Yannick Jaulin a apprécié le soutien aux spectacles "même les moins faciles, comme “Terriens”. Sarah Crépin évoque "la confiance jamais démentie, y compris dans les moments où on a été moins bons. Robert reconnaissait aux gens le droit de se planter". Avant de reprendre l’initiative. C’est ainsi qu’il a proposé à La BazooKa un peu éberluée de s’aventurer en territoire inconnu : le jeune public. “Monstres” a été créé à Saint-Étienne-du-Rouvray et connaît depuis un succès mérité. Marie Mellier, du Caliband théâtre parle de "coup de pouce décisif", lorsqu’elle évoque ses relations avec Robert Labaye nouées autour de la création remarquée du "Macbett" de Ionesco. "Il s’est produit une véritable rencontre, nous avons trouvé un suivi, une écoute, un soutien de la part de Robert et de son équipe."

Une porte du bureau toujours ouverte, un plateau mis à disposition pour répéter, pour une discussion ou un projet, un regard critique sur une création en cours… Ce type d’échanges ont donné naissance à des amitiés durables, "mais jamais complaisantes, souligne l’une de ses plus anciennes amies, Catherine Raffaeli, de la compagnie Mélodie Théâtre. Son soutien était à toute épreuve, mais il savait aussi avoir la dent dure", rapporte celle qui a débuté sur les planches avec Robert Labaye, tous deux alors âgés de 16 ans. À l’image de la pièce de Musset, théâtre de leur première performance publique, Catherine Raffaeli veut se souvenir que "Robert ne badinait pas avec l’amitié".

• Samedi 18 février, deux moments sont prévus pour venir saluer Robert Labaye une dernière fois. La cérémonie aura lieu au funérarium du cimetière monumental de Rouen, à 9 heures. La famille et l'entourage de Robert Labaye ne souhaitent pas de couronnes, mais chacun peut venir s'il le souhaite une rose à la main.

L'après-midi, un hommage public est organisé au Rive Gauche à 14 heures. Un moment de réunion fraternelle, "chez Robert" en son théâtre. La Ville invite largement les Stéphanais à participer à cet hommage.

ajouter un commentaire

s'abonner à ce fil RSS