Trois saisons avec Joanne Leighton

Joanne Leighton devient, pour trois saisons, artiste associée du Rive Gauche. Ce compagnonnage va prendre de multiples formes et aboutira à la création de "Made in Saint-Étienne-du-Rouvray", un spectacle dansé mettant en scène l'artiste et 99 professionnels et amateurs. Vous pourrez suivre à travers cette page l'évolution du projet jusqu'à son aboutissement : interviews, rencontres, vidéos, extraits audios…

Joanne Leighton lors de l'un de ses projets chorégraphiques "Made in…"

 

Interview : "Construire un lendemain commun"

À la veille de la présentation de "Display/Copy Only" sur la scène du Rive Gauche, le 6 décembre 2011, Joanne Leighton, directrice du Centre chorégraphique national de Franche-Comté à Belfort, explique la démarche engagée avec Le Rive Gauche.

• Vous démarrez cette saison un compagnonnage de trois ans avec le théâtre du Rive Gauche, comment ce projet est-il né ?

Joanne Leighton : C'est une invitation de Robert Labaye que j'ai rencontré il y a longtemps et qui a déjà accueilli "Made in Taïwan", mon solo créé en 2004 sur les thématiques de la copie, de l'original, sur la composition chorégraphique. Une grande affinité est née avec Robert qui mène et défend une politique sur l'art et son intégration dans la ville, la région. Il se pose au quotidien la question du rôle que l’art joue dans la société, la communauté. C'est ce qui est à l'origine de cette invitation à être artiste associée trois ans durant.

• Qu’est-ce que cela veut dire être "artiste associée" avec une maison comme Le Rive Gauche ? Pourquoi ce travail avec une autre structure que celle que vous dirigez à Belfort  ?

J.L. : Je dirais que cela signifie chercher à créer du sens à ce que l'on va faire ensemble, pas seulement pour Robert et moi, ni même seulement pour les équipes, mais aussi pour le public de la région de Rouen qui, je l'espère, s'imprègne davantage d'un univers artistique lorsqu'il a la possibilité d'assister à plusieurs spectacles d'un même artiste, de le rencontrer, voire de participer à l'un de ses projets, ce qui sera le cas avec "Made in Saint-Étienne du-Rouvray". Trop souvent, les rapports entre les artistes et les lieux de diffusion de spectacle se limitent au simple accueil, à la coproduction d'un spectacle. L'artiste et son équipe sont présents deux ou trois jours sur place, ce qui est très court pour créer des liens avec une structure, avec son public, et il n'y a au moment de cette présence, aucune perception d'un lendemain commun, d'une construction possible ensemble, ni la mise en perspective de ce qu'il se passe à l'instant T de cette présence. Mon arrivée à la direction du Centre Chorégraphique National m'a amenée à penser mon travail autrement, à penser le territoire, le public, autant de questions qui sont moins centrales lorsqu'on travaille en compagnie. Dans un lieu tel que le Centre Chorégraphique National de Franche-Comté à Belfort, nous disposons de moyens pour travailler sur ces questions, je bénéficie aussi d'un héritage fort : je succède à Odile Duboc, qui était une immense chorégraphe mais aussi une excellente pédagogue. Je souhaite prendre le relais avec mon identité, et le développer avec des partenaires privilégiés tels que le Rive Gauche.

• Que comptez-vous mettre en place durant ces trois années ? Quels liens espérez-vous tisser avec l’équipe du théâtre, des danseurs locaux et la population ?

Cette association est avant tout une visibilité et un soutien aux créations du Centre Chorégraphique National de Franche-Comté à Belfort puisque Le Rive Gauche coproduit cette saison "Les Modulables" et "Exquisite Corpse", deux projets qui m'occupent en ce moment et qui seront accueillis en 2012-2013 à Saint-Etienne-du-Rouvray. Mais je souhaite également mener, avec les danseurs qui m'accompagnent, des ateliers en direction des professeurs de danse, des lycées. Le Rive Gauche a de nombreuses propositions en ce sens à me faire dans le but de sensibiliser son public à la danse contemporaine. J'ai beaucoup travaillé, lorsque j'étais installée en compagnie à Bruxelles durant dix-huit ans, sur la pédagogie et la transmission de la culture chorégraphique aussi bien en direction de professionnels que d'amateurs. J’ai été accueillie en résidence à Pôle Sud à Strasbourg et la scène nationale d’Orléans en 2010 pour un travail pédagogique. Ce travail me tient à cœur encore aujourd'hui, depuis que je dirige un lieu, puisque cette question trouve tout son sens sur un territoire, dans un engagement au long cours. Je souhaite que les danseurs qui m'accompagnent développent ce travail pédagogique extrêmement précis et exigent aussi bien à Belfort qu'à Saint-Etienne-du-Rouvray. D'autre part, le Centre Chorégraphique National de Franche-Comté à Belfort travaille avec acharnement et, je pense, avec expertise, au développement de la culture chorégraphique sur son territoire, et nous souhaitons créer des liens entre les équipes de chaque structure autour de ces méthodes expérimentées à Belfort depuis si longtemps.

• À l’issue de ces trois années, "Made in Saint-Étienne-du-Rouvray" devrait notamment voir le jour ? Dites-nous en plus…

J.L. : "Made in... série" est un projet participatif pour 99 amateurs et 5 danseurs professionnels qui prend le nom de la ville dans laquelle il se recrée. Ce projet se réinvente dans un lieu singulier de la ville, choisi à cet effet, avec les habitants de la ville et de sa région qui souhaitent participer. C'est un projet ouvert à tous, sans limite d'âge et sans expérience chorégraphique pré requise. Au cours de plusieurs ateliers, les danseurs et moi travaillons avec les danseurs amateurs pour leur transmettre une chorégraphie dont la trame pré existe mais aussi pour imaginer, en fonction de l'architecture du lieu et des corps des participants, une proposition singulière et unique. Le spectacle est présenté à l'issue des sept ateliers au cours de représentations faisant partie de la programmation. Il s'agit d'une proposition artistique à part entière. Ce projet a été lancé pour la première fois en 2010 à Strasbourg, lorsque j'étais en résidence à Pôle Sud, scène conventionnée pour la danse et le jazz, puis a été recréé à Oldenbourg en Allemagne, à Metz au Centre Pompidou, à Charleroi et verra le jour à Vesoul en 2012, en Italie, à Saint-Étienne-du-Rouvray en 2014 et j'espère dans bien d'autres villes. Je trouve que c'est la meilleure façon de conclure cette association de trois années au Rive Gauche. Bien souvent, les participants portent un autre regard sur la création chorégraphique suite à ce type de projet. Ce sont toujours des rencontres et expériences uniques aussi bien pour nous, équipe artistique, que pour les habitants, surtout lorsque le projet est accueilli par un lieu tel que le Rive Gauche, dirigé par Robert Labaye, accompagné par son équipe, un lieu où le travail est mené sur le long terme avec le public, sur le territoire. Ces lieux sont toujours un terreau très riche pour les artistes et la perspective de travailler sur trois ans dans cette atmosphère me réjouit. Que peut-on espérer de mieux ?

Les liens du projet

• Le site cu CCNFC de Belfort

• En vidéo : découvrir l'expérience du Made in Charleroi

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