Dorado Jadiba: la danse comme passeport

Photo: Jérôme Lallier

Danseur syrien réfugié en France, Dorado Jadiba a vécu l’exode avec sa passion comme moteur pour traverser les épreuves. Il aspire désormais à reconstruire une nouvelle vie.

Dureid Jadiba raconte son périple, depuis la Syrie jusqu’en France, avec calme et la détermination. Avec un surnom, Dorado, son identité tout simplement. Difficile d’imaginer les épreuves surmontées par ce jeune homme, né il y a 30 ans à Damas dans une famille aux origines palestiniennes qui avait déjà vécu l’exode avant lui. «C’est là-bas que j’ai découvert la danse, traditionnelle d’abord, puis, classique vers 15 ans.» Le champ des possibles est alors vaste, mais la guerre civile le réduit presque à néant. «Fin 2011, j’ai reçu un éclat d’obus dans le dos. Mon père a eu peur pour moi. Il m’a convaincu de rejoindre l’un de mes frères au Liban.» Là-bas, les débuts sont difficiles. «Mais la danse m’a permis de faire des rencontres. Je suis quelqu’un de très sociable…» Il se fait engager dans un parc d’attractions de Beyrouth. Ses ascendances palestiniennes lui compliquent pourtant la tâche dans un pays où religion, politique et origines s’entrelacent au quotidien. Il quitte ce poste pour une lente descente aux enfers où la dépression le rattrape. «Je me suis dit alors: Dorado, c’est quoi ton rêve ? C’est la danse et c’est la France. Alors, vas-y !» C’est le début d’un long périple via l’Iran, la Turquie où il embarque à bord d’un frêle esquif avec des dizaines d’autres pour rejoindre la Grèce. «La mer était déchaînée. Nous avons cru mourir dix fois…».

Réfugié politique

Il arrive pourtant à traverser, vit dans un camp de réfugiés avant de rallier Athènes où toutes les portes vers la France semblent fermées sans argent pour payer des passeurs. «J’ai décidé d’y aller à pied. Les gens m’ont pris pour un fou…» Il traverse toute l’Europe de l’Est, subit des arrestations, les coups parfois, le vol de ses maigres affaires. Pendant plus de deux mois, il enchaîne les kilomètres, traverse les montagnes malgré le froid. D’Italie, il arrive à rejoindre, en juin 2018, la France et son oncle installé à Saint-Étienne-du-Rouvray. «J’ai demandé le statut de réfugié politique que j’ai obtenu depuis. De ce côté-là, je suis tranquille mais il y a tout à reconstruire.» La danse encore lui ouvre des portes, lui permet d’apprendre le français au contact de chorégraphes, de professeurs et d’artistes locaux. Il danse sur la scène du Théâtre des Arts en juin 2019, donne quelques cours. Dans le même temps, il commence une formation dans le sport avec un projet : créer un lieu où activités physiques et danse sont associées pour se remettre en forme. Et avec un rêve, celui de faire venir son père : «Il m’a élevé. Il s’est toujours privé pour mes frères et moi. J’aimerais l’aider à mon tour.»

Article paru dans Le Stéphanais 280

 

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