Ouverture d’un centre de consultation Covid-19 à Saint-Étienne-du-Rouvray

La salle festive de la rue des Coquelicots à Saint-Étienne-du-Rouvray a été transformée en centre de consultation Covid-19 le temps du confinement. Photo: Jean-Pierre Sageot.

Le centre de la salle festive a fermé.
À Saint-Étienne-du-Rouvray, il est possible de prendre rendez-vous au laboratoire Selas Synlab Normandie, situé 2 rue Guillaume Apollinaire (02.32.86.86.20) ou au laboratoire Boyer, 1 bis rue Louis Buée (02.35.65.11.51).

 

Avec l’appui logistique de la Ville, les professionnels de santé de la commune ont créé un centre de consultation ouvert sept jours sur sept, salle festive. Seuls les patients orientés par leur médecin traitant peuvent s’y rendre. Un appel aux dons est lancé… Le centre ouvre demain jeudi 2 avril.

La vague qui s’est abattue sur le pays depuis le Grand Est n’a pas encore submergé la Normandie mais les professionnels de santé stéphanais et sottevillais sont prêts à l’affronter. Ils sont une soixantaine à avoir répondu à l’appel de leur consœur Delphine Secret, médecin généraliste exerçant à la maison médicale Léonard-de-Vinci, rue Lazare-Carnot.

Le centre de consultation est prêt à accueillir ses premiers patients. Photo: Jean-Pierre Sageot.

Avec l’appui logistique de la Ville, ces volontaires ont mis sur pied, en quelques jours seulement, un centre de consultation destiné aux patients avec une suspicion de Covid-19. Mais attention, prévient la praticienne:

«Il ne s’agit pas d’un centre de dépistage mais bien de consultation, seuls les patients orientés par leur médecin traitant ou par le 15 ou encore le 116-117 pourront y être admis. Les personnes ne peuvent pas s’y présenter de leur propre chef.»

La Ville sur le pont

Le maire Joachim Moyse et le Dr Delphine Secret, avant l’ouverture opérationnelle du centre. Photo: Jean-Pierre Sageot.

Le maire Joachim Moyse a immédiatement répondu à l’appel des soignants stéphanais. Il leur a mis à disposition la salle festive (rue des Coquelicots). Les agents municipaux l’ont aménagée avec les outils informatiques et les équipements nécessaires à la transformation des lieux en centre de consultation sécurisé:

«Ce centre permettra d’accueillir la patientèle de chaque médecin stéphanais ou sottevillais et de libérer ainsi leurs cabinets d’un potentiel risque de contamination, explique le maire. Avec l’aval de l’Agence régionale de santé (ARS), nous avons tout mis en œuvre pour sécuriser l’espace et faciliter les consultations

Répartition des rôles

Les 57 professionnels de santé volontaires sont médecins ou encore infirmiers, pharmaciens, kinésithérapeute, ostéopathe. Ils ne se relaieront toutefois pas tous sur le centre de consultation, comme l’explique le docteur Secret:

«Il y aura quatre personnes, dont un médecin, sur le centre de consultation lui-même, sept jours sur sept. L’effectif pourra être porté à trois personnes si la vague arrive chez nous. Des étudiants en médecine seront également présents pour guider les patients de la manière la plus sécurisée jusqu’au box de consultation. Les autres soignants volontaires seront mobilisés pour le suivi des patients Covid-19 à leur domicile.»

Population exposée

Trois raisons ont concouru à l’ouverture de ce centre de consultation, salle festive, à Saint-Étienne-du-Rouvray. La première est liée aux problématiques de santé particulièrement sensibles sur le territoire stéphanais, assure Chloé Stéphan, agente municipale en charge du contrat local de santé:

«Beaucoup des maladies qui exposent à un risque face au Covid-19 sont sur-représentées sur le territoire stéphanais: maladies de l’appareil respiratoire, diabète, cancer… Cette situation alarmante est aggravée par un accès aux soins fragilisé. L’ARS a classé une partie de la ville en “zone caractérisée par une offre de soin insuffisante ou par une difficulté dans l’accès aux soins concernant les professions de médecine”. On a donc toutes les raisons de mettre ce centre de consultation en place sur notre territoire car notre population est plus exposée que les autres.»

Cabinets pas adaptés

La deuxième raison, déjà évoquée par le maire, est confirmée par le Dr Delphine Secret:

«Nous sommes 26 médecins sur la commune mais nous ne pouvons pas prendre le risque de contaminer nos 26 cabinets. Pour l’instant, il n’y a pas un afflux énorme mais nos cabinets ne sont pas aménagés pour lutter efficacement contre les contaminations. Il nous fallait un endroit sécurisé avec suffisamment de matériel à disposition.»

Continuer à suivre les autres maladies

En troisième lieu, enfin, l’ouverture de ce centre de consultation permettra aux professionnels de santé de continuer à assurer le suivi de leurs malades chroniques, poursuit la généraliste:

«Nous allons en effet pouvoir réinvestir notre rôle de médecin. Il y a des gens souffrant de pathologies chroniques qui n’osent plus venir dans nos cabinets par crainte de nous déranger ou de côtoyer des personnes malades du coronavirus. Cela crée des ratés, tout s’en trouve un peu désorganisé. C’est aussi le cas pour le suivi des enfants, il ne faut pas décaler les vaccinations. Tout ça fait partie des choses qui ne peuvent pas s’arrêter. Mais bien entendu, il convient toujours d’utiliser la téléconsultation le plus souvent possible. Le confinement est toujours en vigueur, les patients ne doivent pas retourner dans nos salles d’attente sans avoir eu de téléconsultation au préalable.»

Appel aux dons

Cette ouverture du centre de consultation stéphanais, à l’image des autres centres déjà ouverts sur la Métropole comme à Saint-Aubin-lès-Elbeuf et à Elbeuf, n’aura toutefois pas pu se faire sans la générosité et la solidarité des officines de pharmacie, des citoyens et des entreprises locales.

Un appel aux dons a été lancé par les soignants et relayé par la Ville, qui a permis de récolter suffisamment de protections individuelles nécessaires à l’ouverture du centre, mais pas encore pour tenir sur la durée.

Un établissement de paintball a notamment offert des combinaisons jetables. Des masques ont également pu être récupérés malgré la pénurie qui continue de sévir sur le territoire national et dont on a pu voir, sur les grilles du centre hospitalier du Rouvray, qu’ils manquaient là aussi cruellement, comme le relatent nos confrères de 76Actu.

Les soignants manquent encore toutefois de gants, de lunettes de protection et des tenues lavables à 60°C.

Engagement total

Cet engagement des soignants est à l’image de leurs collègues mobilisés partout en France: sans faille et total. «Avec Mégane Descat, notre coordinatrice, et les Drs François Kermiche et Yoann Seigneur, mes confrères également à l’œuvre dans ce projet, cela fait deux semaines que nous n’arrêtons pas», confie le Dr Secret.

Il est également à noter que les médecins qui auront orienté leurs patients vers le centre de consultation auront un compte-rendu de la consultation effectuée au centre.

«Cette solution nous l’avons trouvée sur le terrain et elle est partagée par les professionnel de santé. C’est la meilleure solution pour lutter contre la pandémie», assure la médecin.

Secteur public hospitalier malmené

Mais sans cet appel aux dons et sans l’engagement des soignants, cette solution n’aurait pas pu voir le jour, faute d’un engagement suffisant de l’État dans le secteur de la santé depuis de nombreuses années, s’indigne le maire Joachim Moyse:

«On vit aujourd’hui une période marquée par les conséquences lourdes de choix budgétaires faits par les gouvernements successifs ces dernières années. Ces choix ont fait du mal au secteur public hospitalier et à ses agents. Ils en subissent aujourd’hui de plein fouet les conséquences lourdes.

Je crains également que cette crise éloigne encore davantage les réponses aux besoins spécifiques des populations locales, en particulier sur les questions de santé. Nous devons pouvoir continuer à trouver des réponses par le biais de notre contrat local de santé parce que le local est le plus en mesure de cerner les spécificités des conditions de vie de nos populations. C’est pour cette raison que nous avons répondu immédiatement favorablement aux sollicitations des professionnels de santé en ouvrant ici, à Saint-Étienne-du-Rouvray, un centre de consultation. On prend en considération les facteurs de comorbidité des personnes du territoire stéphanais et de l’ensemble de la rive gauche, du fait de leurs conditions de vie rendues difficiles par leur précarité économique.»

Accentuation des inégalités

Le maire tire également la sonnette d’alarme au sujet du risque supplémentaire qui pèse sur les Stéphanais confinés: «Cette crise va à nouveau renforcer les inégalités entre les familles qui ont des ordinateurs et celles qui n’en ont pas, entre celles qui pourront facilement accéder à la téléconsultation et celles qui ne le pourront pas. Je déplore qu’aucune procédure pour aider ces familles n’ait été mise en place par l’État

Malgré ces conditions sociales qui accentuent les problématiques du confinement, les Stéphanais ont désormais l’assurance qu’ils peuvent affronter la vague venue du Grand Est avec, peut-être, un peu plus de confiance…

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