À la une | 30/05/2018

Les sept grévistes de la faim du Rouvray répondent à la ministre de la Santé

S'exprimant hier soir sur l'antenne de CNews, la ministre des solidarités et de la santé Agnès Buzyn a voulu adresser un message aux sept grévistes de la faim du CHR et à leur comité de soutien qui réclament l'embauche de 52 infirmiers et aides-soignants, la fin de la suroccupation de leur établissent et de l'hospitalisation de mineurs dans des unités pour adultes:

«Ce qui compte, c'est qu'on leur donne un message d'espoir sur le fait que nous allons augmenter, évidemment, les ressources humaines. Mais la difficulté, dans cet établissement, c'est le recrutement des psychiatres, nous n'en avons pas suffisamment».
Au neuvième jour de leur action, les grévistes de la faim ne comprennent pas pourquoi leur ministre de tutelle évoque l'embauche de médecins psychiatres alors que leur mouvement porte sur l'embauche d'infirmiers et d'aides-soignants, explique Jean-Yves Herment (CFDT) l'un des sept grévistes de la faim: «On va se fâcher. On n'a jamais demandé de psychiatres supplémentaires. Ils sont en nombre suffisant. Et ce ne sont pas eux qui ouvrent et qui ferment les portes, qui accueillent les patients, qui les accompagnent au quotidien, qui font leur toilette.»
Selon les Sept du Rouvray, l'hôpital psychiatrique souffre en effet avant tout de ses sous-effectifs en infirmiers et aides-soignants. La difficulté à assurer aux patients un accompagnement au quotidien serait responsable, selon les grévistes de la faim, d'une «escalade au traitement», explique Marc-Alexandre Ducourtil (CFTC): «Les patients demandent à vivre le plus normalement possible. La couverture chimique devrait normalement être notre deuxième ou troisième arme d'attaque pour contrer les pathologies, après le dialogue et l'accompagnement. Mais là, faute de personnels en nombre suffisant, cela devient notre première réponse. Ce qui enferme le patient là où notre mission devrait être de l'ouvrir sur l'extérieur.»
Cette situation porterait ainsi atteinte au modèle même de la psychiatrie moderne, selon Jean-Yves Herment: «La plupart des bâtiments de cet hôpital portent les noms de psychiatres qui militaient pour que l'hôpital psychiatrique n'enferme pas les gens. Ce qu'on fait aujourd'hui est à l'inverse. Quand on enferme les gens, ça devient insupportable. Cela aggrave leurs souffrances.»
Selon le représentant syndical et gréviste de la faim, 1,6 poste en équivalent temps-plein supplémentaire par unité permettrait de revenir à une «vraie» psychiatrie: «Ce n'est pas grand chose mais c'est ce qu'il faudrait pour refaire de la psychiatrie et permettre sa transmission aux jeunes collègues. Parce que la psychiatrie, ça ne s'apprend pas dans les écoles, c'est un savoir de passation qui s'append sur le terrain. Et là, faute de personnels, on n'a plus non plus le temps de faire ce travail-là.»
Au neuvième jour de leur action, les grévistes de la faim se disent «fatigués» mais restent déterminés. La direction de l'hôpital se refuse toujours quant elle de s'exprimer dans la presse. Mais à ce stade du mouvement, l'affaire semble ne plus dépendre du seul local…
Photo: Jérôme Lallier

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