À la une | 6/11/2018

Portrait : Gérard Gosselin, peintre du mouvement

Son œuvre dégage une énergie que le poids des ans n'a pas émoussée. À 85 ans, l'artiste, ancien instituteur stéphanais et fondateur de l'UAP*, poursuit son travail voué au mouvement.

Pour la rétrospective de son œuvre en 2004, son ami le peintre François Féret décrivait l'artiste au travail : « Il allait très très vite, il peint comme le vent fait se plier les arbres, son geste est sûr, ample, impétueux. » Près d'une décennie et demie plus tard, l'œuvre de Gérard Gosselin garde tout de sa capacité à faire surgir le mouvement. Comme dans une symphonie de Beethoven, de Berlioz ou de Stravinsky, compositeurs dont le peintre aime s'inspirer.
Il suffit de se retrouver une fois seulement devant une toile de Gérard Gosselin pour le ressentir. Le mouvement s'impose, jaillissant des formes, retentissant d'une énergie qu'on serait tenté de dire cosmique, tant elle semble infinie. Un mouvement parfois si vivace que le peintre doive le « bloquer », collant sur la toile déchirures de carton ondulé et tissus imprimés. Et ce n'est peut-être pas un hasard si ces matériaux de la fragilité et de la pudeur, volontiers féminins, sont les seuls à pouvoir contenir la folle vitesse qui traverse l'artiste.

À l'assaut de l'ombre qui guette

Or, bien que chaque œuvre ait été créée au terme d'une longue maturation (« Je me plonge dans la peinture, dit-il, et je recommence jusqu'à ce que le geste soit maîtrisé, c'est comme un corps à corps »), le secret du peintre reste impossible à saisir. « Il allait plus vite que la vitesse de mon appareil photo », ajoute François Féret, visiblement frappé par ce paradoxe que le peintre stéphanais explore depuis près de soixante-dix ans : comment une image fixe peut-elle dire ce qui nous remue ?
Car le vent qui anime l'œuvre de Gérard Gosselin, si puissant qu'il fait plier les arbres, est de ceux qui traversent l'histoire, bousculent et renversent l'ordre injuste. Le comité international de solidarité artistique avec le Chili ne s'y est pas trompé quand, en 1972, alors que le pays sud-américain est en pleine expérience révolutionnaire menée par Salvador Allende, il demande à Gérard Gosselin de coopérer « à la formation d'une collection de chefs-d'œuvre du XXe siècle destinée à permettre la participation du pays au développement du patrimoine artistique international ». Gérard Gosselin peindra La Fin de l'hiver, une toile conservée au musée national de Santiago. L'hiver n'était toutefois pas fini. Un an plus tard, l'espoir chilien était fauché par la CIA, Allende contraint au suicide. Mais ces vents mauvais, Gérard Gosselin ne les ignore pas. Chaque toile sonne comme une trompette à l'assaut de l'ombre qui guette. Une ombre que Gérard Gosselin évoque pour la repousser aussitôt, à l'image d'une enfance dans la Manche dont, comme Cervantès, il ne veut pas se souvenir.

* Le comité stéphanais de l'Union des arts plastiques a été fondé par Gérard Gosselin et Amaury Dubos en 1963. Gérard Gosselin en a été président pendant quarante ans.

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