À la une | 17/04/2019

Faire l’école à la maison: une idée folle?

Avec 0,3% des plus de 6 ans scolarisés à domicile, la concurrence faite à l’école reste marginale. Mais la tendance est à la hausse. Pourquoi des familles boudent-elles l’école?

À 11 ans, Pierre fait partie des seize enfants de la commune qui ne vont plus à l’école. Ses parents l’ont inscrit au Cned (Centre national d’enseignement à distance) pour qu’il suive les enseignements de 6e par correspondance (950€ par an), tout en continuant à patiner sur glace plus de quinze heures par semaine. «Il étudie tous les matins, de 9 heures à midi, explique Stéphanie, sa mère. Comme je travaille à la maison, je peux surveiller, mais c’est vrai que ça prend du temps.» Quand ce n’est pas sa maman, c’est son père qui supervise les devoirs du jeune collégien, ou l’un de ses quatre frères et sœurs. Le jeune patineur est très entouré. «La difficulté de ce type de choix, c’est le cadre, analyse Magali Hoarau, psychologue de l’éducation nationale (psyEN), au CIO de Rouen. Les jeunes doivent être particulièrement autonomes et avoir une appétence pour se mettre au travail. Sinon, il y a le risque qu’ils ne s’y mettent pas.»
Déclarée à la mairie et auprès des services académiques, la scolarisation à domicile fait l’objet d’un double suivi: «Les services municipaux se rendent à domicile pour vérifier que l’enfant dispose d’un lieu dédié pour étudier et qu’il a des activités qui le mettent en contact avec d’autres enfants, témoigne Olivier Lebas, directeur du service enfance à la mairie. L’inspection académique évalue, quant à elle, le niveau de l’enfant.» Marginal, le phénomène est aussi généralement limité dans le temps: «La décision est le plus souvent prise pour des raisons médicales ou des problèmes relationnels avec les pairs, souligne Olivier Lebas. Je pense à une jeune collégienne qui a eu besoin de quitter le collège une année mais qui le réintègre progressivement. Je n’ai jamais vu d’enfant qui faisait l’instruction à domicile sur l’ensemble de sa scolarité.»
Il s’agit surtout de marquer une pause, de reprendre sa respiration quand la pression scolaire est trop forte. «Les parents qui font ce choix ont l’impression que leurs enfants ont des journées de ministre sans pour autant que l’école obtienne de très bons résultats, argumente Brigitte Prot, psychopédagogue. Ils les trouvent stressés, notamment par les évaluations. Ils veulent pour leurs enfants une vie moins centrée sur la performance, plus légère.» Plus légère, certes, mais avec le risque pour les jeunes d’être coupés du monde réel.

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