À la une | 10/10/2012

Journal des Assises, 9 octobre : urbanisme de dentelle

Pour maintenir la population stéphanaise à son niveau actuel (28 300 habitants), il faut construire 120 logements par an. Il en faut bien plus encore, si on espère voir la population franchir à l’horizon 2025 le cap des 35 000 habitants. Pour atteindre ces objectifs démographiques, la Ville examine plusieurs pistes. Différents scénarios sont au cœur des Assises de l’habitat, qui se déroulent cette semaine. Hier soir, mardi 9 octobre, c’est une solution inédite qui était à l’étude.

Habituellement, la politique urbaine est assimilée aux grandes opérations. Elle convoque des images de grues, de vastes chantiers de démolition, de reconstruction, de création de quartiers entiers, avec leurs réseaux et leurs voiries… Et pourtant, une nouvelle ère s’ouvre peut-être, celle d’un urbanisme de dentelle dont il conviendrait de resserrer les points. Dont l’objectif est d’aller construire, dans des zones pavillonnaires, sur des espaces creux, grâce à un dialogue avec les propriétaires.
C’est l’ambition de la démarche Bimby (build in my back yard), que la Ville a accepté d’expérimenter sur proposition de la Crea. Derrière cet acronyme anglophone - qu’on pourrait traduire par "construire dans mon jardin" - se profile une nouvelle solution, très fine, de densification de l’espace urbain. "Plutôt que d’aller urbaniser des espaces agricoles ou forestiers, on identifie des parcelles en zone pavillonnaire sur lesquelles, en réponse à la demande des propriétaires, de nouveaux logements pourraient être construits", a ainsi expliqué Caroline Oria, responsable des politiques locales de l’habitat à la Crea. "Quand on sait que dans certains quartiers de la ville, la densité est inférieure à 20 logements à l’hectare, il y a des perspectives de gestion plus économe du foncier, a argumenté, Corinne Colonnier, de la direction municipale de l’urbanisme. Dans le bourg ancien, notamment, on recense un logement pour 500 m2 en moyenne"…
Dans le cadre des ateliers Bimby, une quarantaine de Stéphanais ont été reçus gratuitement, fin septembre, par des architectes de la Crea. Ceux-ci étaient chargés d’étudier les projets des particuliers et de les faire remonter à la direction municipale de l’urbanisme et du paysage, afin de vérifier qu’ils sont compatibles avec le plan local d’urbanisme. Révisé en 2011, le PLU fixe un cadre réglementaire que la Ville ne s’interdit pas de faire évoluer – à la marge – pour "permettre aux propriétaires de pouvoir exploiter les possibilités que leur terrain leur offre", a indiqué le maire Hubert Wulfranc. Ce ne doit pas être, bien sûr, la porte ouverte à n’importe quel projet, mais "ce peut être une réponse à l’échelle individuelle en fonction des besoins des gens et de l’acceptabilité de chaque projet par rapport à l’intérêt général", a précisé l’élu.
Agrandissement de maisons, division de parcelle, construction de logements à louer ou à vendre… les différents cas de figure ont montré que la démarche, qui pourrait permettre la création de 35 logements neufs par an, répond à des attentes. À celle notamment de personnes âgées qui ne peuvent plus entretenir de grands terrains et qui préféreraient en céder une partie plutôt que de devoir quitter un quartier auquel elles sont attachées. Cette forme d’urbanisation douce, en réponse aux attentes des habitants, a aussi pour avantage de créer des logements dans des zones équipées d’école, desservies par les transports en commun et déjà reliées à des réseaux d’eau et d’assainissement.
Elle pose, cependant, des questions de fond sur le niveau de densification acceptable. "Jusqu’à quel point peut-on autoriser de nouvelles constructions ? a interrogé le maire. Quelle place doit-on garantir au paysage naturel dans la ville ?" À quel niveau, en somme, doit-on placer le curseur entre la nécessité de densifier pour créer des logements et le risque de bétonner la ville ?
Des problématiques qui sont au cœur des Assises de l’habitat : lundi soir, la création de 31 nouveaux logements au Pré de la Bataille avait déjà abordé de manière ô combien pratique cette question de la densification du centre-ville, avec une visite sur place et une présentation du projet par son architecte, Christophe Bidaud. Mais il s’agit-là d’un projet d’ampleur, différent de la densification ajustée aux contraintes de chaque parcelle. La réhabilitation du centre ancien, au menu des discussions de ce soir, évoquera à nouveau le sujet avec notamment le projet Seguin de développement urbain.
Qu’il s’agisse des opérations classiques de renouvellement urbain, des politiques de reconversion de territoire ou de solutions plus inventives comme celle proposée par les ateliers Bimby, c’est toujours le respect des équilibres humains et urbains qui garantit le succès des politiques de la ville. De subtils dosages.
Isabelle Friedmann

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