Habitant de Saint-Étienne-du-Rouvray, le jeune Yanis Hamadache, 19 ans, est parti au Maroc assister au plus près à une partie de la coupe d’Afrique des nations de football 2025. Pigiste occasionnel pour Le Stéphanais, il raconte son expérience sous la forme d’un blog pour saintetiennedurouvray.fr. Le résultat donne forme à plusieurs épisodes dépaysants où l’événement mondial laisse place au regard passionné d’un Stéphanais s’adressant aux lecteurs de toute sa ville.
Épisode 8 : ça n’a pas de prix

Aujourd’hui, mardi 30 décembre 2025, je me réveille doucement vers 10h30. Juste le temps de me débarbouiller le visage que Mohamed nous presse déjà de partir. J’enfile le premier survêtement que je trouve, mes chaussures, et nous voilà dans la voiture, direction l’iftar, le petit-déjeuner.
On va chez Rachida, qui prépare depuis plus de vingt ans de vrais petits-déjeuners marocains : msemen, harcha, œufs, pain chaud. Le thé à la menthe bien sucré accompagne des plats simples mais généreux. Je prends une grande omelette épicée, du bon pain et un verre de thé. Ça fait du bien de remanger. Je ne suis presque plus malade, juste un peu mal à la gorge, mais l’appétit revient.
“Quand quelqu’un passe avant toi, il n’y a plus d’eau chaude.”
On rentre ensuite à l’appartement, le même qu’au début du séjour. Amine et moi rentrons, Mohamed part chez le coiffeur. Je prends une bonne douche, même si je galère à avoir de l’eau chaude. Il faut sortir dans la cour, le stah (en arabe), ouvrir la bouteille de gaz. Je prends mon temps : une heure de douche. Quel plaisir. À Marrakech, c’est compliqué : quand quelqu’un passe avant toi, il n’y a plus d’eau chaude. Là, je profite vraiment. Plus tard, on brunch au Harvana avec des amis de Mohamed. On rigole, on croise des supporters venus de partout : Congo, Maroc, Algérie, Sénégal. L’Afrique est là.
“Je passe plusieurs fois à la télé sur beIN Sports”
Vers 15h30, direction le stade olympique de Rabat pour Tunisie–Tanzanie. Le GPS se perd, un policier nous dit qu’on ne peut pas y aller en voiture. On traverse une autoroute en courant, puis on marche encore quinze minutes.
Dans le stade, je rejoins des supporters tanzaniens derrière leur but. Ils chantent, dansent, je fais pareil. Le groupe grossit, on est plus de 200. Je mène les chants, je crie. Mes amis m’écrivent : je passe plusieurs fois à la télé sur beIN Sports. Incroyable.
Le match se termine sur le score nul de 1-1. La Tanzanie se qualifie, moment historique.
On marche cinquante minutes sous la pluie pour récupérer la voiture. De retour à l’appartement, je passe en direct sur Beur FM. Amine est malade, Mohamed va manger et me ramène de quoi grignoter.
Je vous embrasse. L’Afrique, ce sont des rencontres. Et ça n’a pas de prix.
Épisode 7 : Samedi de pluie et de fièvre
Aujourd’hui, nous sommes le samedi 27 décembre 2025. Je me réveille tout doucement. Je me suis couché tard hier soir, vers trois heures du matin. J’ai du mal à dormir : je me réveille, puis je me rendors. Je me lève finalement vers 11 h 30.
Tonton Abder est parti. Il a une urgence familiale à régler. Ce genre de situation nous rappelle que, parfois, il n’y a pas que le foot qui compte dans la vie. La famille est essentielle, et c’est un bon rappel.
On prend le petit-déjeuner en bas de la résidence avec Mohamed et son fils Amine. Je prends un msemen avec du fromage, une bouteille d’eau et un verre de thé.
Et là, je commence à aller mal.
Puis je vais au hanout, la petite épicerie de quartier ouverte toute la journée, pour m’acheter deux Danao, parce que c’est ce qui passe le mieux dans mon estomac. Ensuite, je remonte avec Amine dans notre appartement. Mohamed part faire quelques papiers : il doit régler deux ou trois choses dans l’appartement qu’il a à Marrakech.
Et là, je commence à aller mal. Je dors, je me réveille, j’ai chaud. Amine veut sortir, alors il sort. Mohamed nous a laissé 50 dirhams, l’équivalent de cinq euros. Je lui dis : « Prends-moi un Danao et un raïb », un lait fermenté bien frais. Finalement, il part, il mange tout. Il ne m’a rien pris, ce n’est pas grave.
Je n’arrive même pas à regarder le match en entier
Je fais ensuite une énorme sieste. Quand je me réveille, je suis en sueur. Le soir, on part à Guéliz regarder le match Tunisie-Nigeria dans un bar. Il pleut encore à Marrakech. J’ai horriblement mal à la tête. Quand tu es malade, tu ressens les bruits de manière excessive : les klaxons, le son de la télé, la musique, le tic-tac de l’horloge, le bruit du frigo. C’est horrible. Je ne souhaite ça à personne. Je n’arrive même pas à regarder le match en entier. Je fais des allers-retours dehors, j’ai trop mal. Puis on va manger dans un restaurant qui s’appelle Espace Ismail. Je ne peux rien avaler, je prends juste une salade de fruits. Puis on rentre, et là un grand saut dans le lit. Ciao.
Épisode 6 : mon corps ne suit pas
Aujourd’hui, je me suis réveillé sans mettre de réveil, vers 10h30. On descend tous en bas de la résidence pour prendre le petit déjeuner. Ce qui est pratique ici, c’est qu’il suffit de traverser la rue pour tomber sur une petite boutique où l’on peut manger sur place.
Je prends une omelette avec un verre de thé. Je ne la termine pas, j’en mange à peine la moitié. Mais je sens que je retrouve petit à petit un peu de force, et surtout un peu le goût de la nourriture. Ensuite, je rentre et je prends mes médicaments. En réalité, le seul truc qui passe vraiment bien, c’est le Danao. Je ne bois que ça. En plus, ce n’est pas cher : 3,50 dirhams. Autant dire rien du tout comparé à la France.
Comme le veut la tradition, le vendredi, c’est couscous.
Après ça, je me repose et je dors. Il y a le match Angola–Zimbabwe au grand stade de Marrakech à 13h30, mais je décide de ne pas y aller. Je ne suis vraiment pas en état. Aujourd’hui, c’est aussi la grande prière du vendredi, la Djoumouaa. Mon oncle et Amine y vont. Comme le veut la tradition, le vendredi, c’est couscous. Ils en mangent et m’en ramènent à la maison, ce qui est très gentil de leur part. Je mange à peine la moitié de la part. Ça me fait mal au cœur. Je n’aime pas gaspiller… mais mon corps ne suit pas.
Vers 16h, Amine et Mohamed prennent la route pour Rabat afin d’aller voir le match Maroc–Mali au stade Moulay Abdellah. Quatre heures de trajet. De mon côté, avec Tonton Abder, je vais au café regarder Égypte–Afrique du Sud. Ensuite, on rentre à l’appartement pour que je me repose un peu mais là : un gros souci. Mon chargeur PC, qui me sert aussi pour le téléphone, me lâche. Je pars alors dans une petite boutique informatique où j’en achète un nouveau. Ça repart, tout est rentré dans l’ordre.
On va manger un burger de chameau
Plus tard, avec Tonton Abder, on va manger un burger de chameau. Franchement, il est trop bon. Dommage que je sois malade, parce que dans un autre état, j’en aurais pris deux. Là, je n’arrive même pas à finir le mien.
Ensuite, on va regarder le match Maroc–Mali dans un café. Il y a une vraie ambiance. Tu sens que tu es en Coupe d’Afrique des Nations, et surtout que tu es au Maroc. Avant de rentrer, on passe voir notre ami glacier Mehdi, à Marrakech, qui fait des glaces italiennes. Très gentil, Mehdi.
On rentre ensuite à l’appartement. Mohamed et Amine ne sont pas encore rentrés, ils doivent être sur la route du retour vers Marrakech. Si on est ici, c’est parce qu’on a choisi d’assister à plusieurs matchs dans cette ville. Mais on remontera à Rabat pour en voir d’autres. C’est aussi ça, la Coupe d’Afrique : découvrir d’autres villes, d’autres personnes, d’autres stades. Et c’est ça qui est beau.
Épisode 5 : quand la CAN te met KO
Aujourd’hui, nous sommes le 25 décembre. J’ai encore du mal à réaliser ce que j’ai vécu hier, ce match de folie. Un rêve d’enfant, quelque chose d’inexplicable.
Mais aujourd’hui, je suis gravement malade. Ça avait déjà commencé un peu hier au stade. Je suis resté en T-shirt, j’ai cassé ma voix, et maintenant le contrecoup est violent. Fatigue extrême, faiblesse, courbatures de partout. Je suis KO. Je réalise que la grippe du bled et la grippe de France, ce n’est vraiment pas la même chose. Celle du bled te met à terre directement.
Je suis tellement faible que j’ai du mal à utiliser mon téléphone.
Je n’ai presque rien fait de la journée. Je suis resté dans mon lit, à alterner entre hallucinations, sautes d’humeur et bouffées de chaleur. C’est terrible, vraiment terrible. Il fallait que ça m’arrive en plein jour de CAN. Je n’ai même pas pris le petit déjeuner, j’ai laissé les autres le faire. Je ne peux même pas bouger de mon lit. Je suis tellement faible que j’ai du mal à utiliser mon téléphone. Je n’ai jamais vu ça de toute ma vie (J’écris ces mots quelques jours plus tard). Mon oncle ne me reconnaît même pas, mon ami non plus. C’est un autre Yanis.
Le soir, je décide quand même d’aller manger une harira, une soupe marocaine traditionnelle à base de tomates, de pois chiches, de lentilles et d’épices. On marche une dizaine de minutes jusqu’au snack Smail , à Marrakech, près de l’appartement qu’un ami de mon père nous a gentiment prêté. Mais j’ai énormément de mal à marcher. J’ai l’impression de ressentir les bruits encore plus fort. Les klaxons dans la rue, le bruit des tasses, des cafés, tout me traverse la tête. Le moindre son devient insupportable. Et ce n’est pas bon du tout. J’ai trop mal à la tête. Plus aucune force dans les jambes. Je tremble, je marche de travers, j’ai des hallucinations.
La harira coûte 3 dirhams, presque rien. Je n’en mange que cinq cuillères. Impossible d’avaler plus, j’ai envie de vomir. C’est horrible. On rentre, je prends des médicaments, de l’Iprane, quelque chose pour la gorge, puis je me recouche.
De toute façon, cette journée est foutue.
Épisode 4 : Mon rêve devient réalité
Aujourd’hui je me lève à 8h30, le cœur qui bat un peu plus vite que d’habitude. Comme chaque matin, je jette un œil aux infos de la CAN, mais aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres. Aujourd’hui, l’Algérie joue. Ce soir, c’est Algérie–Soudan. Pour moi, franco-algérien, c’est quelque chose de fou, presque irréel.
Je prends ma douche, je me prépare, puis je sors mes drapeaux, mon écharpe, mes maillots. La tenue parfaite du supporter. Vers 10h, direction un petit snack à Rabat pour le petit déjeuner. Fatima tient ce commerce depuis plus de vingt ans, avec son fils Zouir. Je prends une omelette et un thé. C’était tellement bon que j’en reprends une deuxième. Fatima me dit qu’elle aime faire plaisir aux gens, et ça se sent.
Je chante l’hymne national, la gorge serrée
Il fait froid pour le Maroc, alors je m’achète une polaire pour bien me couvrir. Ensuite, on se balade dans Rabat. Les supporters algériens sont partout : vuvuzelas, terboukas, chants, cris, une ambiance incroyable. Puis vient enfin l’heure d’Algérie–Soudan, au stade. Je suis tout devant. Je chante l’hymne national, la gorge serrée. Devant moi, le capitaine, Riyad Mahrez. La fête est totale, je donne tout, je casse ma voix. Je parle avec des supporters venus de partout : de France, de Suède, après parfois trente heures de trajet. Tous disent la même chose : pour l’équipe nationale, on vient partout. Et l’Algérie gagne 3–0. Exceptionnel. J’étais comme un enfant. Mon rêve devient réalité : voir l’Algérie au stade, en Coupe d’Afrique, et la voir gagner.
À la sortie, c’est toujours la fête. On danse même avec les supporters soudanais. La CAN, c’est aussi ça. Puis McDo pour reprendre des forces, avant de prendre la route vers Marrakech.
Épisode 3 : Premier grand frisson
Aujourd’hui, le réveil a sonné à 8h30. Comme chaque matin, je commence par suivre les dernières informations autour de la Coupe d’Afrique des Nations. Après une douche rapide, toute l’équipe se retrouve pour un petit-déjeuner local marocain, simple et généreux.
Au menu, deux msemen, ces crêpes feuilletées typiques du Maroc, croustillantes à l’extérieur et fondantes à l’intérieur, accompagnées de deux verres de thé à la menthe, bien sucré. Un vrai carburant avant une grande journée. Le petit restaurant fait face à une école primaire : les enfants rient, traversent la rue, mangent avant de retourner en classe. Une scène de vie qui ancre encore plus le voyage.
Je suis comme un enfant, les yeux partout
Mais l’heure avance et l’excitation monte. Le premier match vécu depuis les gradins approche : République démocratique du Congo – Bénin. Dès l’extérieur du stade Al Madina, je comprends que cette journée restera gravée. L’avant-match est déjà exceptionnel. Les vuvuzelas, ces longues trompettes en plastique au son puissant, résonnent sans arrêt. Les chants montent, les tambours frappent, les danses congolaises envahissent les abords du stade. Ça saute, ça crie, ça sourit. Une ambiance brute, vivante, populaire. Je suis comme un enfant, les yeux partout, à tout regarder, à tout écouter. Puis vient l’entrée dans le stade. Et là, l’émotion est immense.
Je me laisse happer par la ferveur des supporters béninois
C’est mon premier match au stade et de ma vie dans cette Coupe d’Afrique des nations, et je prends conscience du moment. Je passe de la télé au stade, du stade Diochon à Rouen à une enceinte internationale. Je filme, je capture chaque instant pour l’émission Time Foot – spéciale CAN sur Beur FM, où j’interviens chaque soir en direct.
Au départ avec Mohamed, Abderrahmane et Amine, je me laisse happer par la ferveur des supporters béninois. Je les rejoins et je ne les quitte plus du match. Leur organisation est impressionnante : chants coordonnés, danses, réponses tribune contre tribune. L’ambiance sonore est constante, intense, vibrante. C’est mon premier match de la CAN, et il restera gravé pour toujours.
C’est aussi là que je réalise ce qu’est vraiment l’Afrique
C’est aussi là que je réalise ce qu’est vraiment l’Afrique : la générosité, le partage, l’accueil. Mon drapeau algérien circule de main en main, les gens prennent des photos avec moi en criant « One, two, three, viva l’Algérie ». On me parle de pays frères. J’échange même mon drapeau avec un jeune Marocain. Autour de nous, des Tunisiens aussi. Le Maghreb réuni, naturellement. Sans calcul. Juste le football.
À 21 heures, le match Tunisie–Ouganda se joue sous une pluie battante. L’ambiance est plus retenue, mais la passion est toujours là, malgré l’eau.
Mais ce que je garderai de cette journée, c’est avant tout ce premier match, cette première claque émotionnelle. RDC–Bénin, mon entrée dans la CAN. Et une certitude qui s’impose : l’Afrique, quoi qu’il arrive, en sort toujours vainqueur.
Épisode 2 : Garage auto, omelette et longue soirée
Lundi 22 décembre, le réveil sonne à 9 heures. Je prends mon temps, je traîne un peu avant d’aller me doucher, allongé à faire défiler les informations et les résultats des matchs de la CAN. Le Maroc se vit au ralenti le matin, surtout après des journées aussi intenses que celles que je vis depuis mon arrivée.
Je suis ici avec Abderrahmane, le meilleur ami de mon père, un homme qui me connaît depuis que je suis petit et que je considère comme un oncle. Il y a aussi Mohamed le marocain, un autre ami de mon père et d’Abderrahmane, ainsi que son fils Amine. Nous formons presque une famille. Ce qui nous lie encore plus, c’est que nous venons tous de la même ville : Saint-Étienne-du-Rouvray.
« C’est un miracle que vous soyez arrivés au Maroc en vie. »
Après la douche, direction un garage. Sur la route, nous nous étions rendu compte que la voiture tirait légèrement sur le côté. Le verdict tombe : un plomb de roue est tombé en Espagne. Le mécanicien change les deux roues et nous lâche, presque choqué : « C’est un miracle que vous soyez arrivés au Maroc en vie. » On se regarde, un peu sonnés, mais soulagés.
Vers 10 heures, place au petit-déjeuner, dans un petit local très simple. À peine entré, je reconnais la voix de Fairouz, la diva de la chanson arabe, en fond sonore. Le lieu est tenu par Fatima et son mari. Ici, pas de carte compliquée : ils ne font que des omelettes. J’en prends une, accompagnée d’un jus.
Un mot : incroyable. L’huile d’olive, les olives noires, les épices… Tout rappelle que je suis bien au bled. J’ajoute bien sûr un thé très sucré, la base au Maroc.
Au moment de payer, surprise : rien à régler. Abderrahmane a discuté avec le mécanicien en arabe, lui expliquant que nous étions Algériens. Il nous a simplement dit : « Allez prendre le petit-déjeuner chez Fatima, c’est moi qui paye. » C’est aussi ça, le bled : on ne se connaît pas, et pourtant on se traite comme des frères.
impossible de trouver des billets le jour J
La suite de la matinée nous mène au Decathlon de Rabat. Mes chaussures ont pris l’eau la veille, complètement fichues. J’opte pour une paire simple, noire, Quechua waterproof. L’essentiel.
On espérait ensuite aller à Casablanca pour le match Mali–Zambie, mais impossible de trouver des billets le jour J. Tant pis. On roule pendant près de deux heures, on passe devant le nouveau stade Moulay-Abdallah, puis on se dirige vers Salé.
Ce qui me frappe à Rabat, c’est la propreté. Pas un déchet au sol. Les arbres sont taillés, la pelouse impeccable. Une ville droite, calme, presque irréprochable. En arrivant à Salé, le décor change : des quartiers plus populaires, plus bruts. Autre choc visuel : la mer, agitée, d’une couleur marron inhabituelle. Ici, l’humidité et le sel abîment les façades, beaucoup d’immeubles sont gris, rongés par le temps.
« Je fais une vraie cure de thé, ici, on en boit à toute heure, comme de l’eau.»
On s’installe dans un café pour suivre le match. Mali–Zambie : 1-1. De mon côté, encore un thé. Quand je viens au Maroc, je fais une vraie cure de thé : ici, on en boit à toute heure, comme de l’eau.
Il est déjà 17 heures, et la faim se fait sentir. Notre seul vrai repas, c’était l’omelette de Fatima… qui, contre toute attente, a tenu toute la journée. Direction le restaurant Dar Naji, où je me laisse tenter par un énorme burger américain.
« Des ambiances qu’on aime.»
La soirée se poursuit dans la médina de Rabat. Dans le souk, tous les commerces affichent des maillots du Maroc et des autres nations africaines. On sent que la CAN est partout. À un moment, des supporters marocains, tunisiens et algériens se regroupent. Un homme sort une enceinte, met de la musique, et tout le monde se met à danser. Une communion spontanée, belle, sincère. À 19h30, l’appel à la prière d’Al Aïcha retentit. En quelques secondes, le bruit laisse place à un silence apaisant. Tout s’arrête. Un calme qui fait du bien. À 20h30, Beur FM m’appelle (je suis correspondant pour cette radio, j’en parlerai plus précisément plus tard). Je passe en direct dans l’émission Special Time Foot, spéciale CAN, depuis Rabat. Autour de moi, des jeunes crient « Dima Maghreb », d’autres lancent « Vive le Maroc » en français. Des ambiances qu’on aime.
La fatigue commence à tomber. Direction le restaurant Rouge et Noir pour regarder Égypte–Zimbabwe. Je craque pour une crêpe Nutella-cookies. Les cris de Mohamed contre les joueurs égyptiens m’empêchent de m’endormir.
À 23h10, retour à l’hôtel.
Demain, réveil très tôt
Il est 1h50 quand j’écris ces lignes, allongé sur un matelas aux ressorts bien trop présents, pendant qu’Amine me fait écouter du rap. Leçon du jour : ne jamais juger un plat à sa taille. L’omelette de Fatima en est la preuve. Un régal total. Je vous laisse pour ce soir. Demain, réveil très tôt : je vais assister à deux matchs au stade. République démocratique du Congo–Bénin à 13h30, puis Tunisie–Ouganda a 21H00. Ça s’annonce incroyable, un vrai rêve éveillé.
Épisode 1 : De la France au Maroc pour le match d’ouverture
Le périple pour rejoindre le Maroc a commencé le vendredi 19 décembre, avec un départ à 22h30. Direction le sud, à travers toute la France, avant d’atteindre l’Espagne et le port d’Algésiras. Ce qui m’a le plus marqué en traversant l’Espagne, ce sont les paysages. De grandes montagnes plongées dans un brouillard épais, qui rappelaient étrangement ceux de mon village kabyle en Algérie. Une beauté brute, presque nostalgique. Le temps pressait : seulement deux pauses de 30 minutes en Espagne, il fallait absolument arriver à temps pour le bateau.
Mais rien ne s’est passé comme prévu. En France, un détour forcé près d’Orléans, à cause de manifestations d’agriculteurs bloquant la route, nous a fait perdre un temps précieux. Résultat : le bateau de 20h30 est manqué. Arrivés au port, on nous annonce finalement un départ à 22h30.
Au port : une effervescence incroyable
Je descends alors de la voiture pour me dégourdir les jambes et là : je découvre une effervescence incroyable autour de cette Coupe d’Afrique des Nations. La majorité des voyageurs sont des Marocains de la diaspora, mais aussi quelques Comoriens et Congolais. Il pleut, mais l’air marin est agréable, presque apaisant. Finalement, l’embarquement n’a lieu qu’à 3h du matin. Je suis épuisé : des heures serré dans la voiture avec les bagages, des micro-siestes, peu de confort. Heureusement, sur le bateau, je fais une belle rencontre : Youssef, un Franco-Marocain de Lyon. Nous passons toute la traversée ensemble, à discuter et à rire, dehors sur les quais malgré la fatigue.
Ce qui me surprend le plus, c’est la pluie, intense, presque violente.
Arrivée au port de Tanger à 6h30 du matin. Mais l’aventure est loin d’être terminée. Les douaniers marocains contrôlent tout : papiers, véhicules, chiens renifleurs. Ce qui me surprend le plus, c’est la pluie, intense, presque violente. Une pluie comme je n’en avais jamais vue en Afrique du Nord. L’air marin est fort, et une odeur particulière flotte : difficile à décrire, mais elle signifie une chose — tu es au bled.
À 8h30, nous reprenons la route vers Rabat. Enfin, je peux manger un vrai petit-déjeuner. À 12h30, nous déposons nos bagages dans un hôtel magnifique : couleurs chaleureuses, dalle traditionnelle, salon marocain. Une mosquée est collée à la maison. À l’heure de la prière, tout s’arrête. Une autre façon de vivre.
Des Marocains viennent me serrer la main, me disent “Vive l’Algérie, nous sommes des pays frères”
Le soir, direction une fan zone, faute de billet pour le match d’ouverture Maroc–Comores. Sous la pluie, je mets un jogging. Je croise quelques influenceurs, puis je pose un drapeau algérien sur ma tête. Et là, une scène forte : des Marocains viennent me serrer la main, me disent “Vive l’Algérie, nous sommes des pays frères”. Un homme me donne même son écharpe du Maroc en cadeau. Les jeunes prennent des photos avec mon drapeau, les policiers parlent de fraternité et de football algérien.
Je rentre trempé de la tête aux pieds, mais heureux
Sur l’écran géant, le Maroc s’impose 2-0 face aux Comores. L’ambiance est magique : darboukas, sifflets, chants, un peuple entier derrière sa nation. Il pleut sans arrêt, je rentre trempé de la tête aux pieds, mais heureux. Le football nous a réunis. La pluie ne nous a pas fait partir.
Après l’effort, le réconfort : un énorme poulet fermier-frites, puis direction le lit. Il faut dormir, récupérer.
Demain, une nouvelle journée commence. Celle d’un jeune parti de son quartier, arrivé au cœur d’un événement planétaire : la Coupe d’Afrique des nations.






