En 2026, le département « musiques anciennes » du conservatoire fêtera ses 40 ans. Rendez-vous le 30 janvier 2026 pour souffler les bougies (électriques) en musique.
Le mercredi après-midi dans l’annexe du conservatoire de musique à l’entrée de la rue Duruy, il faut tendre l’oreille pour les entendre. Derrière la porte de la salle Jean-Gilles (un musicien baroque de la fin du XVIIe siècle), sur des chaises en plastique coloré et sous un éclairage au néon, trois enseignants et quatre élèves répètent une complainte puis une messe de William Byrd (un compositeur et organiste anglais du XVIe siècle). Ils et elles jouent du luth, de la flûte à bec et de la viole de gambe, trois instruments emblématiques des « musiques anciennes », avec le clavecin qui attend sagement dans un coin de la pièce.
Tout cela ne nous rajeunit pas. Mais, en fait, si : les élèves sont des enfants, l’équipe des jeunes enseignants est récente et le répertoire et les instruments ont beau venir de l’époque Renaissance, ils revivent à chaque fois qu’ils sont joués.
« Souvent, on croit que les “musiques actuelles” attirent plus que les anciennes. Mais un enfant ne choisit pas une esthétique, plutôt un instrument, sa forme, son timbre. Il ne se pose pas la question du contexte, ancien ou actuel. Cette année, on a un nouvel élève en clavecin, il nous a dit “Je ne suis pas sûr d’aimer la musique, mais je sais que j’adore le clavecin”. C’est génial… Les musiques anciennes trouvent leur public. Nos élèves ne sont pas là par hasard, ils sont motivés par un instrument et investis dans la pratique en groupe, les concerts. Il faut juste qu’on soit visibles, que le public nous connaisse », défend Marion Éloy, la passionnée et passionnante responsable du département musiques anciennes au conservatoire.
L’enseignement des musiques anciennes au conservatoire de Saint-Étienne-du-Rouvray existe depuis 1986. Il est reconnu et il est devenu un des piliers du conservatoire, en proposant des cours de différents instruments rares, ce qui permet aussi aux élèves de jouer ensemble.
Les enfants du baroque
Dans la métropole rouennaise, Saint-Étienne-du-Rouvray est la seule ville à proposer des cours de viole de gambe, avec le soutien de la Ville qui finance l’achat d’instruments loués aux élèves ou des sorties (comme un concert de Jordi Savall à Rouen il y a quelques années). Marion Éloy met aussi en place des cours de flûte & tambour. Le conservatoire est en train d’acquérir les instruments et deux élèves ont déjà commencé. Ce sera le seul conservatoire du département à enseigner cette pratique.
Comment des enfants viennent-ils à la musique ancienne ? Pas parce qu’ils en écoutent en boucle à la maison, mais plutôt par la rencontre avec un instrument, lors d’une visite au conservatoire ou d’un atelier d’éveil musical. C’est ainsi que Soujoud et Israa, 11 et 9 ans, sont devenues sœurs de luth, et aussi parce que l’instrument est cousin du oud de leurs origines tunisiennes, comme précise leur papa fier de ses filles. Saïna, flûtiste de 14 ans, a beaucoup de passions, dont la danse qu’elle pratique en Chad (classe à horaires aménagés danse) et au conservatoire de Rouen. Elle est venue à la flûte à bec parce qu’elle adore l’univers du Moyen-Âge, les châteaux et les costumes, et s’y connecte via la musique. Elle a fabriqué elle-même une de ses flûtes, lors d’un atelier avec un facteur d’instruments organisé par le conservatoire. Martin, 11 ans, pratique la viole de gambe depuis plus de cinq ans et il aimerait devenir professeur. Son petit frère Victor et sa petite sœur Coline sont là aussi, inscrits en flûte à bec. Dans les cours de musiques anciennes, il y a aussi des adultes, comme cette quadragénaire qui a commencé la viole de gambe ado et a vu passer trois générations d’enseignants.
L’équipe actuelle ne peut que chanter les louanges de la précédente qui, pendant des décennies, a développé les musiques anciennes au conservatoire de la rue Duruy. Mais, dans un futur proche, l’annexe du conservatoire déménagera pour rejoindre le nouvel espace de la place Claude-Collin, entre le centre Jean-Prévost et la Maison du citoyen. Encore plus au cœur d’un quartier renouvelé, les musiques anciennes vont encore prendre un coup de jeune.
Lumière sur les musiques anciennes
Vendredi 30 janvier, pendant la Nuit des conservatoires, l’espace Georges-Déziré accueille « À la lueur des musiques anciennes », un spectacle éclairé à la bougie (électrique, pour d’évidentes raisons de sécurité), devenu un rendez-vous précieux pour les musiciens et le public. « On a fait la première en 2021, sous forme d’un parcours guidé dans l’espace Déziré.
Les musiciens en tenues élégantes sont dans les salles et le public déambule et se pose pour écouter. Le but, c’est créer une atmosphère d’écoute, il y a des gens qui enlèvent leurs chaussures, on a pris l’habitude de ne pas parler, c’est vécu par les musiciens et le public comme un moment de rêverie, une balade poétique. Ça fait du bien à tout le monde. Il y a des gens qui viennent des villes autour. Ce n’est pas une audition d’élèves mais un vrai spectacle, dans des conditions professionnelles, c’est bien pour les élèves », explique Marion Éloy.
Vendredi 30 janvier à l’espace Georges-Déziré, en soirée, trois départs de visite guidée à 18h, 19h15 et 20h30. Durée de la visite: 45 minutes. Gratuit sur réservation obligatoire au 02 35 02 76 89.