Les bénévoles de l’association La Passerelle savent qu’à travers le soutien scolaire, c’est bien plus que la quête de la bonne note qui se joue.
C’est une salle bien cachée en bas d’une tour grisâtre de la rue du Dr-Gallouen, à la limite entre Saint-Étienne-du-Rouvray et Sotteville-lès-Rouen. Pourtant, on croirait que tout le monde connaît l’endroit.
Aux horaires d’ouverture, il y a foule du lundi au samedi. Des collégiens et lycéens y entrent le sourire aux lèvres, mais ce n’est ni un cinéma, ni un cybercafé, ni un café tout court. C’est La Passerelle, la fameuse association de soutien scolaire stéphanaise. Fameuse car, depuis 2006, des milliers de jeunes y sont passés faire leurs devoirs, apprendre leurs leçons et revenus dire bonjour, avec un diplôme en poche.
Des professeurs et bénévoles investis
Lina et Aïcha habitent juste à côté. Ce lundi 19 janvier, les deux élèves de seconde au lycée Marcel-Sembat de Sotteville-lès-Rouen sont venues réviser avant le contrôle du vendredi suivant. Au programme de leurs révisions : « fonctions, vecteurs, et équations ».
« Les profs n‘ont pas le temps de nous expliquer, explique Aïcha. Ici, on nous montre, on nous explique et, s’il faut, on nous imprime d’autres exercices sur le même cours que l’on peut réviser. » Les deux amies n’ont pas le même niveau mais c’est loin d’être un problème, au contraire : « On s’aide l’une et l’autre, entre nous on s’explique plus facilement. »
Et quand on leur demande qui les force à venir ici, tous les jeunes présents ce soir-là répondent à l’unanimité : « Personne ! ».
Cette réponse miracle, elle a été rendue possible par l’investissement dévoué de la poignée de bénévoles et professeurs de La Passerelle qui ont su appliquer une méthode simple : « On n’est pas là pour serrer la vis ou être une contrainte de plus, explique Ahmed Akkari qui a cofondé l’association. On discute avec les jeunes, on prend le temps qu’il faut pour trouver des solutions. Ensuite, ils voient les résultats, nous aussi et ça nous donne de l’énergie pour continuer. » À ses côtés, le vice-président de l’association Driss Lakouadssi opine du chef. « On offre un cadre de travail bienveillant, tout le monde a le sourire aux lèvres. Ensuite, pour les jeunes, ça devient un réflexe de venir ici et de travailler ensemble. » Et c’est effectivement dans ce sourire partagé par toutes et tous que la différence semble se faire avec d’autres structures d’aide aux devoirs. « Ce qui est peut-être le plus important, c’est de devenir un citoyen modèle, dans le sens où chacun reconnaît ses droits et devoirs envers la société. Ça passe par le fait de dire bonjour, s’il te plaît, merci et c’est mieux avec le sourire, d’être heureux ensemble. On transmet des principes et valeurs en plus des connaissances de l’école. » Ce que confirme le président de l’association Abderrahim Benkacem : « On veut qu’ils et elles soient conscients de leur responsabilité envers leur avenir, celui de la société et de la commune. »
Les trois bénévoles expliquent ensuite qu’un peu plus tôt, une jeune est passée les remercier. Venue de Palestine il y a trois ans, elle a appris le français et fait désormais des études de médecine. « C’est superbe. Ça nous fait plaisir que les enfants réussissent. »