Devoir de mémoire – biographie de Pierre LAMBERT

Fiche d’identité

Naissance : 7 juillet 1889, Rouen (76).
Décès : 4 juillet 1916 (27 ans), Estrée (80).
Profession : ouvrier de filature, puis militaire de carrière.
Grade : sous-lieutenant, 329e Régiment d’Infanterie, classe 1909.
Campagne contre l’Allemagne : 2 août 1914 au 4 juillet 1916 (1 an et 11 mois).
Décoration : Croix de guerre avec palme.

À quoi ressemblait-il ?

Pierre Lambert mesurait 1m56. Il avait le crâne rasé et les yeux bleus.
Il savait lire et écrire, mais n’avait probablement jamais terminé son cursus scolaire.
Il était marié avec Berthe Lhonneur et vivait au 1 rue Achille Domart, à Aubervilliers (93).

Biographie

Pierre Charles Lambert naît le 7 juillet 1889 à Rouen (76) dans une famille modeste dont il est le premier enfant. La fratrie s’agrandit, avec la naissance d’une sœur, Marcelline, en 1891, puis d’un frère, Henri, en 1894. Le couple quitte alors Rouen et s’installe tout près, à Sotteville-lès-Rouen. Là, alors que Pierre Lambert n’a que neuf ans, la famille connaît un malheur : une petite fille, Charlotte, meurt à l’âge de trois semaines…comme c’était encore hélas si fréquent à l’époque.
Il semblerait que la famille vienne ensuite s’installer à Saint-Étienne du-Rouvray. Pierre Lambert y devient ouvrier de filature, probablement à la Société cotonnière. Cette dernière est la principale usine textile de la commune et emploie près de 2 000 ouvriers au début du XXe siècle.
En octobre 1910, alors que le jeune homme a 21 ans, il se rend aux bureaux de l’Armée afin de réaliser ses deux années de service militaire obligatoire. Il intègre le 24e R.I. (Régiment d’Infanterie), en cantonnement à Aubervilliers(93). Il semble que Pierre Lambert s’épanouisse dans ce milieu. En effet, ce dernier est promu caporal au bout de six mois. L’année suivante, alors que son service militaire n’est pas encore officiellement terminé, il se réengage pour trois ans et devient, de ce fait, militaire de carrière. Il s’installe alors définitivement à Aubervilliers, où sa famille semble le rejoindre, quittant Saint-Étienne-du-Rouvray. En juillet 1912, le jeune homme est de nouveau promu et devient sergent, toujours au sein du 24e R.I. Durant la période, Pierre Lambert rencontre Berthe Lhonneur, une jeune femme orpheline, de quatre ans son aînée. Le 21 octobre 1913, le couple se marie à la mairie d’Aubervilliers. Notre soldat a alors 24 ans. Moins d’un an plus tard, le 17 mai 1914, naît leur fils unique, Roland.

Les bruits de guerre sont de plus en plus forts. Le 2 août 1914, alors que le petit Roland n’a que deux mois, Pierre Lambert est mobilisé. Le 24e R.I. quitte ses cantonnements le 6 août et part en direction des Ardennes, où il arrive le lendemain. Il remonte ensuite vers la frontière belge et, le 22 août, prend part à la bataille de Charleroi. Ce baptême du feu est particulièrement terrible : les pertes du régiment s’élèvent à plus de 900 hommes, tués ou blessés. Pour l’Armée française, cette journée du 22 août 1914 est la plus meurtrière de toute son histoire. Les troupes françaises ont été confrontées à une armée allemande plus nombreuse et bien mieux équipée. Après cet échec cuisant, le 24e R.I. fait retraite face à la rapide progression allemande, pendant près de deux semaines, avant de lui faire face dans la Marne, lors de la célèbre bataille éponyme. Durant l’hiver 1914-1915, Pierre Lambert et ses camarades combattent dans l’Aisne, où la guerre de position commence. Au printemps suivant, le 24e R.I. est acheminé vers la région d’Arras (62). Une grande offensive doit y être lancée contre les Allemands. Aix-Noulette…Neuville-Saint-Vaast… de nombreux Stéphanais tombent sur ces champs de bataille entre mai et septembre 1915. Pierre Lambert, lui, y survivra. Après ces longs mois, où les soldats font face à une violence insensée, le régiment est déplacé plus au sud, à Foucaucourt (80) : le secteur semble relativement calme. Là, Pierre Lambert est promu sous-lieutenant. L’hiver 1915-1916 est particulièrement rude, comme en témoignent les archives. En février, le jeune homme est versé au 329e R.I., qui tient position au nord de Compiègne (60). Cela lui permet d’échapper à de terribles attaques au gaz qui sont lancées, une semaine après, contre son ancien régiment. Après une période de repos, Pierre Lambert et son nouveau régiment sont acheminés vers la Somme, où l’offensive majeure débute. Le 4 juillet, le 329e R.I. reçoit la mission d’enlever le village d’Estrées (80), occupé par l’ennemi et défendu par de très nombreuses mitrailleuses. Sous un déluge d’artillerie et de balles, les bataillons s’élancent vers 17h en direction d’Estrées, gênés par les fils de fer barbelés qui ralentissent leur progression. Le village ne sera repris que le lendemain. Les archives recensent, ce jour-là, 307 victimes (tués, blessés ou disparus). Pierre Lambert, quant à lui, demeure introuvable… Quelques mois plus tard, un avis officiel le déclare disparu et présumé prisonnier… Finalement, après des années d’attente et de vains espoirs, Pierre Lambert est déclaré décédé à l’âge de 27 ans, par un jugement du tribunal de la Seine, en 1921. Il laisse derrière lui sa veuve et leur fils, Rolland, devenu orphelin à 2 ans. Pour sa bravoure, le sous-lieutenant Pierre Lambert recevra, à titre posthume, la croix de guerre avec palme.

Anecdotes

Le nom de Pierre Lambert apparaît sur plusieurs lieux commémorant les victimes de la Première guerre mondiale :

  • Le monument aux morts de Saint-Etienne-du-Rouvray (76), commune où il vécut et travailla quelques années.
  • La plaque commémorative de la mairie d’Aubervilliers (93), où il vivait avant de partir à la guerre et où ont continué à vivre sa veuve et leur fils Rolland.

Citation au Journal officiel de la République française, 8 juillet 1922 : « Officier d’une grande bravoure, ayant fait brillamment son devoir dans toutes les affaires auxquelles il a pris part.
Glorieusement tombé pour la France le 4 juillet 1916, à Estrées »


Sources : fiche matricule, actes de naissance, de mariage et de décès, registres d’état civil de Rouen, Sotteville, Paris 15e et Aubervilliers, fiche MdH, Livres d’Or de Saint-Étienne-du-Rouvray et d’Aubervilliers, J.M.O et Historiques régimentaires des 24e et 329e R.I.
Autrice : Ariane Biard, professeure d’Histoire-Géographie et Emma CAUFOURIER, 3eC, collège Paul Eluard, 2026.