Dans les vestiaires solidaires, les brocantes ou les ateliers couture, les initiatives se multiplient à Saint-Étienne-du-Rouvray. Derrière les vêtements d’occasion, ce sont surtout des gestes de solidarité et de partage qui permettent d’aider les habitants tout en donnant une seconde vie aux habits.
Foires à tout, sites internet, dépôts-ventes ou vestiaires solidaires…
Aujourd’hui, 58 % des Françaises et des Français déclarent acheter des vêtements d’occasion. La pratique s’est largement installée dans les habitudes, même si chacun s’y met à sa manière.
Les jeunes de 18 à 35 ans privilégient souvent les plateformes numériques comme Leboncoin ou Vinted. Les plus de 50 ans, eux, préfèrent se tourner vers les boutiques, les friperies ou les dépôts-ventes. Les motivations sont nombreuses : faire des économies, agir pour l’environnement ou encore retrouver le style vintage, très en vogue ces dernières années.
Mais au-delà d’une simple tendance, la seconde main traduit aussi une évolution de notre manière de consommer. Elle bouscule les codes de la grande distribution et de la « fast fashion », qui encourage à acheter toujours plus. La crise sanitaire puis la hausse du coût de la vie ont également poussé de nouvelles personnes à se tourner vers la seconde main. Pour beaucoup, c’est une façon de maîtriser leur budget tout en continuant à se vêtir avec plaisir et dignité. Nicole Auvray, adjointe au maire en charge des solidarités et bénévole au vestiaire solidaire Vesti’amis du Secours catholique, témoigne : « J’ai remarqué que la fréquentation augmente au début du mois, lorsque les allocations sont versées. À l’inverse, en fin de mois, il y a moins de monde, car les budgets sont plus serrés. » La bénévole constate aussi que la seconde main concerne désormais tous les publics. « Il y a bien sûr des personnes avec peu de ressources qui viennent s’habiller à petit prix. Mais de plus en plus de gens n’hésitent plus à acheter d’occasion… et j’en fais moi-même partie ! » Car le vêtement joue un rôle important dans la vie sociale. Il participe à l’identité et au sentiment d’appartenance à un groupe. Les discussions dans les cours d’école en sont souvent la première illustration !
Journée de la solidarité le 4 avril
Dans la ville, la seconde main est aussi un geste solidaire. Le centre socioculturel Jean-Prévost organise, samedi 4 avril, la Journée de la solidarité. Lors de cet événement, un stand propose notamment des vêtements gratuits, collectés quelques semaines auparavant. « La solidarité est l’un des grands combats de notre époque », souligne Willy Mornal, coordinateur jeunesse du centre socioculturel. Il accompagne également une «junior association», DACM, qui travaille sur le recyclage des vêtements.
Les jeunes pourront notamment customiser certaines pièces invendues, avec l’aide d’un professeur de l’atelier couture du centre. Très fréquenté, cet atelier permet d’apprendre à réparer ou transformer ses vêtements. Un succès qui confirme l’intérêt croissant pour l’entretien et la réutilisation des habits.
De 20 centimes à environ 2 euros
Au-delà des brocantes et des foires à tout qui rythment la belle saison, plusieurs associations de la ville proposent des vestiaires solidaires, tenus par des bénévoles. Et faire fonctionner ces lieux demande de l’organisation. Après la collecte, les bénévoles trient les vêtements selon leur état. Ceux qui ne peuvent plus être utilisés sont recyclés. Les autres sont classés par taille, rangés, exposés et stockés selon les saisons.
Dans ces lieux, les vêtements sont accessibles à tout petit prix : de 20 centimes à environ 2 € pour un manteau. Comme à Vesti’amis, au Secours catholique, coordonné par sœur Daniel : « Nous demandons une petite participation pour que les personnes ne se sentent pas redevables. C’est aussi une question de dignité. Les vêtements ont une place importante dans notre société. » Au-delà de l’aide matérielle, ces lieux offrent aussi un espace d’échange et d’écoute. « Les personnes viennent parfois partager leurs difficultés. Elles trouvent ici une oreille attentive et bienveillante. »
Un élan de solidarité né pendant le Covid
Si certains vestiaires existent depuis de nombreuses années comme au Secours populaire (lire ci-contre), d’autres sont nés pendant la crise sanitaire du Covid-19. C’est le cas de l’association Aux fripes du temps, fondée par Kardiatou Oumar. « À cette période, il y avait un grand élan de solidarité. J’ai voulu y participer en distribuant des vêtements », explique-t elle. Une démarche proche de celle d’Aminata Zanchi, présidente de l’association Tendsmoi la main. Créée elle aussi pendant la pandémie, l’association organisait alors des distributions de vêtements après le passage du camion de la Croix-Rouge et participait à des maraudes. Aujourd’hui, elle oriente davantage ses actions vers la solidarité internationale.
Avec les années, ces initiatives ont évolué. Si l’accès à des vêtements reste essentiel, les bénévoles constatent que les besoins ne s’arrêtent pas là. Derrière la précarité matérielle se cachent souvent des situations d’isolement, de fragilité ou de perte de confiance en soi.
La solidarité passe donc aussi par l’accompagnement et le bien-être des personnes.
C’est dans cet esprit que Kardiatou Oumar souhaite élargir les activités de son association, forte d’une vingtaine de bénévoles. « Nous allons lancer un atelier tricot et réparation de vêtements. Nous souhaitons aussi proposer des actions autour du bien-être des personnes précaires, avec par exemple des soins, des massages ou de la coiffure. » Pour elle, le vêtement peut être un premier pas vers le soin de soi. « Nous voulons aider les personnes à retrouver confiance en elles.
Et parfois, cela commence simplement par se sentir bien dans ses vêtements », conclut-elle.
Témoignage : « Un vrai lien social se crée »
Brigitte Benmessaoud est responsable de l’antenne stéphanaise du Secours populaire.
« Sur notre antenne, la vente de vêtements est une activité traditionnelle. Nous avons ouvert en mai 1984 et cette initiative existe depuis toujours. Tous les vêtements que nous recevons sont soit vendus, soit recyclés : rien n’est jamais jeté. Les dons arrivent toute l’année, mais certaines périodes sont plus chargées, comme le grand nettoyage de printemps. À l’inverse, lorsque les foires à tout sont nombreuses, les dons diminuent un peu. L’étape du tri est essentielle : nous ne sommes pas une déchetterie, il faut que les vêtements soient propres et en bon état avant d’être proposés à la vente.
Les articles sont vendus à tout petit prix, de 50 centimes jusqu’à 2 euros pour les manteaux. Nous pratiquons aussi la vente au kilo et disposons d’un vestiaire d’urgence pour les personnes en grande difficulté. Côté fréquentation, toutes les catégories sociales viennent. La seconde main plaît de plus en plus, surtout depuis le Covid et la hausse du coût de la vie. Mais lorsque les gens viennent, ils ne se contentent pas d’acheter. Contrairement à une boutique classique, ici, ils trouvent un accueil, un lieu pour discuter, et nous pouvons aussi échanger sur des situations personnelles pour aider à débloquer certaines aides. C’est ainsi qu’un vrai lien social se crée. Nous sommes neuf bénévoles à agir sur l’antenne, dont quatre consacrés au travail sur les vêtements. »
Les adresses stéphanaises
Association du centre social de La Houssière (ACSH)
Espace Célestin-Freinet, 17 bis avenue Ambroise-Croizat. Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 12h et de 13h30 à 18h (fermé le lundi matin). Tél : 02 32 91 02 33.
Secours populaire
20-24 rue de Stalingrad. Ouvert les lundis et jeudi de 9h30 à 11h30 et de 14h à 16h. Tél : 02 35 65 19 58.
Aux fripes du temps
Pour les dons : 4 rue Eugénie-Cotton, tour Circé, appartement 4 ; pour les distributions : deux mardis par mois place des Emmurées à Rouen. Ouvert les lundis et vendredis de 10h à 12 h et le mardi après-midi de 14h à 16h. Tél. 06 69 21 08 60.
Vesti’amis
1 rue Georges-Guynemer. Permanences les mardis et jeudis de 14h à 16h et les vendredis de 9h à 11h.