Les Bâtisseurs de lien : la nouvelle asso stéphanaise aux côtés des chibanis

Les Bâtisseurs de liens est une nouvelle association stéphanaise, aux côtés des « chibanis », les retraités d’Afrique du Nord. Rencontre avec deux de ses créateurs, Mohammed Karabila et Didier Quint.

L’association s’appelle les Bâtisseurs de liens. Pourquoi ?

Mohammed Karabila : « Bâtisseurs », parce que beaucoup de ces chibanis ont travaillé dans le bâtiment, souvent en région parisienne, tout en vivant ici parce que c’était trop cher de loger les familles en région parisienne. On ne sait pas exactement combien ils sont sur la commune, mais on sait qu’ils se retrouvaient nombreux à la cafétéria du centre Leclerc, tous les jours sauf le dimanche. Pendant le Covid, la mosquée était fermée, je voyais les anciens se donner rendez-vous aux arrêts de bus pour discuter. C’est là que j’ai été convaincu qu’il fallait faire quelque chose pour eux et avec eux.

Didier Quint : L’idée d’une association date de 2017. Ça a pris du temps, ce n’est pas si évident à faire. La création de cette asso, ce n’est pas un coup politique ou de com, ça répond à un vrai besoin. On a pris le temps pour que ce soit sérieux, concret, que ça tienne dans la durée. On veut donner de la reconnaissance aux chibanis et montrer aux jeunes que leurs anciens sont respectés et respectables. C’est la reconnaissance d’une place qu’ils doivent prendre et qu’on doit leur donner. Ces hommes ont produit des richesses ici, certains ont été exposés à l’amiante… Si les enfants voient que leurs pères sont pris en compte, reconnus, c’est bien pour tout le monde.

Concrètement, que fait et va faire l’association ?

M. K. : Depuis février, on a un local parc Saint-Just. C’est ouvert tous les matins en semaine et toute la journée le week-end. Il y a du thé, du café, des croissants. Mais le but, ce sera aussi d’échanger avec d’autres, de faire des sorties, de participer aux activités et aux fêtes de la commune. La majorité des gens ne participent à rien parce qu’ils se sont isolés eux-mêmes, ils ne cherchent pas l’information, ils ne revendiquent pas. Si on ne va pas les chercher, ils ne demandent rien. Leur vie, c’est la maison, le local et la prière pour ceux qui pratiquent. L’association peut faire le lien et porter des besoins. Et puis on va travailler sur l’accès aux droits, l’aide administrative, comment prendre un rendez-vous médical ou remplir des documents, par exemple.

Et les femmes ?

M. K. : Dans cette génération, les hommes et les femmes ne se mélangent pas en dehors de la famille, c’est culturel. Mais on veut aussi créer des créneaux pour les femmes, les chibanias. Pour bâtir avec les Bâtisseurs de liens, il faut commencer par une base, des fondations. Après, ça doit s’ouvrir à tout le monde, pas seulement aux anciens.