Après avoir beaucoup voyagé et côtoyé la guerre, l’intolérance religieuse et l’esclavage – entre autres horreurs dont seul l’Homme est capable –, Candide rentre chez lui et conclut : « Il faut cultiver notre jardin ». Ça ne se passe pas en 2026 devant les chaînes d’info, mais au milieu du XVIIIe siècle dans le roman philosophique Candide de Voltaire.
La phrase culte de Candide peut se comprendre de diverses façons, mais déjà au premier degré : cultiver son (ou un) jardin, c’est bien. Pour prendre l’air, se vider la tête, apprendre à faire pousser, comprendre et apprécier la nature, découvrir la patience, partager des moments et une récolte avec les autres…
Nous sommes allés à la rencontre de quelques jardiniers stéphanais, petits et grands…
Aujourd’hui, focus sur le jardin potager du groupe scolaire Paul-Langevin.
Radis, carottes, petits pois, citrouilles, fraises, herbes aromatiques… Le prospère jardin potager du groupe scolaire Paul-Langevin ravit les enfants.
Plusieurs écoles de la commune ont créé un jardin potager ou participent au concours des écoles fleuries. Mais au groupe scolaire Paul-Langevin (qui rime avec jardin et avec Animalins), c’est encore autre chose. Il y a trois ans, Anne Mansire a rejoint l’équipe périscolaire et proposé de créer un jardin potager. « Avec les enfants, on a commencé par désherber, retourner le terrain, l’enrichir. »
Et rapidement, le jardin a grandi grâce à la double expertise d’Anne, à la fois jardinière de métier et animatrice diplômée. Elle ne fait pas ça par hasard. « J’aime la nature depuis que je suis petite et j’adore les enfants. Quand j’avais leur âge, j’étais plus dans le jardin qu’ailleurs. Ma mère est fleuriste. J’ai vécu 30 ans à Paris, travaillé dans des bureaux et à 50 ans j’ai tout quitté pour me former dans une ferme. J’avais déjà fait des jardins pédagogiques, j’ai eu le plaisir de travailler dans une école à Oissel où mes grands-parents ont été enseignants… »
Ce midi-là, Anne est avec un groupe de six petits pour planter des patates. Autour d’un bac, tous les enfants mettent la main à la pelle, s’émerveillent d’un bébé ver de terre et écoutent les explications d’Anne. Les abeilles et les bourdons butinent déjà au cœur des myosotis. Dans les semaines et les mois qui viennent, vont pousser des radis, des carottes, des patates, des haricots, des petits pois, des citrouilles, des tomates, des fraises, des framboises et aussi de l’aneth, de la menthe, du basilic, de la ciboulette et plein de fleurs de toutes les couleurs… Anne a aussi fait pousser du blé ancien, pour montrer aux enfants avec quoi on fait les pâtes et le pain.
Frites maison
Environ 25 enfants des classes élémentaires sont volontaires pour venir au jardin des Animalins. Des groupes de maternelles ont aussi leur coin. « On fait le lien entre maternelles et élémentaires sur un jardin pédagogique ludique, mais aussi instructif. On observe les insectes, les fleurs, on compare les goûts, on cuisine. On découvre qu’on peut faire pousser une plante sur un balcon, un rebord de fenêtre. Il y a toujours des choses à faire. L’activité de plein air fait du bien aux enfants, ils adorent venir. Ma seule concurrence le midi, c’est le foot ! », se réjouit Anne. Certains sont impatients de retourner à l’école début septembre, pour retrouver le jardin, cueillir et manger ce qui a poussé pendant les vacances. « L’an dernier, on a fait des frites avec nos patates, les meilleures du monde ! »
L’hiver, c’est plus calme sur le terrain. Mais, à l’intérieur, Anne anime des activités de jeu et de lecture sur le thème du jardin et de la nature. Une boîte à graines et des semis attendent leur heure pour sortir. Les enfants ont même fabriqué un magnifique calendrier géant du potager, affiché dans le couloir des Animalins.
Le jardin de l’école Langevin est si réussi qu’il a été sélectionné avec quelques autres par la Métropole Rouen Normandie, dans le cadre d’un projet de développement des jardins pédagogiques. « L’école est soutenue par la ferme pédagogique le Champ des possibles. Ils donnent des plants, des graines, vont faire des animations. Le projet, c’est de construire un hôtel à insectes et un récupérateur d’eau, en plus du composteur déjà installé. Mais le plus important, ce sont les petites graines semées dans les têtes des enfants. »