À la rencontre de jardiniers stéphanais : le jardin potager de Sven

Après avoir beaucoup voyagé et côtoyé la guerre, l’intolérance religieuse et l’esclavage – entre autres horreurs dont seul l’Homme est capable –, Candide rentre chez lui et conclut : « Il faut cultiver notre jardin ». Ça ne se passe pas en 2026 devant les chaînes d’info, mais au milieu du XVIIIe siècle dans le roman philosophique Candide de Voltaire.

La phrase culte de Candide peut se comprendre de diverses façons, mais déjà au premier degré : cultiver son (ou un) jardin, c’est bien. Pour prendre l’air, se vider la tête, apprendre à faire pousser, comprendre et apprécier la nature, découvrir la patience, partager des moments et une récolte avec les autres…
Nous sommes allés à la rencontre de quelques jardiniers stéphanais, petits et grands…

Aujourd’hui, focus sur le jardin potager de Sven, où la biodiversité s’épanouit. Tellement beau qu’il le fait visiter.

Nous sommes dans le bas de la ville, entre l’avenue Ambroise-Croizat et une barre d’immeubles, pas très loin du rond-point des Vaches. La maison occupée par Sven Dorez et sa famille était autrefois une ferme, où les voisins actuels allaient chercher leur lait. Sven Dorez le promet : il n’élèvera pas de vaches. Mais avec ses cinq poules (qui mangent autant d’herbe que des vaches) et son potager où poussent environ 70 espèces de végétaux comestibles, son terrain commence à re-ressembler à une ferme. On est accueillis à l’entrée par un immense magnolia en fleurs qui a fêté ses 50 ans. « J’ai découvert que les pétales se mangent », révèle Sven, qui fait du travail au jardin une expérience fondée sur la biodiversité, la permaculture et la passion : tout se nourrit (voire se mange), s’influence, s’utilise et s’harmonise. Ce n’est que le début de la saison et son potager ressemble déjà à un cabinet de curiosités végétales. Mais rien de ce qui pousse ici n’est (que) le fruit du hasard. « Depuis le début, j’ai deux tiers d’échecs pour un tiers de réussite. Je plante beaucoup de choses diverses parce qu’un milieu diversifié est plus résilient. On gagne toujours à la fin. »

Avec curiosité et respect

Depuis trois ans qu’il vit là, Sven Dorez a tout créé, en commençant par enrichir la terre en compost et argile. Et qu’est-ce qui pousse ? Poirier, pommier, épinards, poireaux, fèves, fraisiers, asperges, mâche, oignons rouges, livèche, plante à huitres, plante saucisson, groseillier, courges, concombres, tomates, maïs, oignons, patates, aromatiques, radis, amélanchier, arbousier, figuier, abricotier, arbre à kiwis et à kiwaïs, casseille entre cassis et groseille, une chayotte dont le pied traverse tout le jardin et qui a donné 75 kilos de chouchous l’an dernier. Et sous la serre : des pieds de tomates, du fenouil, du cresson, des menthes en tout genre, du pourpier d’hiver, des salades, du basilic et de la coriandre. Et du sureau pour faire du pétillant. Et de l’osier pour faire de la vannerie. Sans oublier tout le reste, dont une mare. Pour un potager d’environ 100 m2, Sven a récolté 380 kilos l’an dernier.

Si les plantes se trouvent bien chez Sven, c’est parce qu’il cherche à les comprendre, avec autant de méthode scientifique et de curiosité que de respect. Passionné par la nature depuis toujours, il a fait des études et travaille aujourd’hui dans l’ingénierie de l’environnement. « La nature a tellement de choses à nous offrir que nous ignorons. Ce qui me plaît, c’est de pouvoir valoriser tout ce qui pousse, et aussi l’eau, qui est centrale dans le potager. Je ne sais pas combien de temps je consacre au jardin, mais je ne suis pas sur les réseaux sociaux, ça libère du temps… » L’an dernier, Sven a organisé une visite guidée pour les classes de ses enfants, scolarisés à l’école André-Ampère. « J’aime partager ce que je fais. C’est important de montrer tout ça à des enfants qui ne sont pas tous en contact avec la nature : leur faire sentir, toucher et goûter un maximum de choses variées et atypiques. » À partir du mois de juin, il ouvre d’autres créneaux de visites le samedi matin, pour les petits et les grands.

Allez-y, c’est tout vert.