Naïla et Aminata, la passion de la lecture… À haute voix

Naïla est en CM1 à l’école Ampère. Aminata est étudiante en sciences politiques à Rouen. Qu’est-ce qui lie ces deux jeunes Stéphanaises ? Elles aiment lire. Niveau compétition, à haute voix et avec le sourire.

Qu’est-ce que la « fluence » ?

C’est la capacité à lire un texte à haute voix de manière fluide, précise et en mettant le ton qu’il faut. Un peu comme l’éloquence, mais en lisant.

L’intérêt est multiple : vaincre sa timidité, progresser en français, apprendre à comprendre et faire vivre un texte, ouvrir son cerveau et son imagination, partager un moment ou, tout simplement (mais ce n’est pas le moins important), prendre goût à la lecture. Pour toutes ces raisons, la fluence est un sujet et un objectif scolaire. Et encore plus à l’école André-Ampère, qui fait un travail de fond remarquable pour amener les enfants à la lecture et à la liberté qu’elle apporte. L’école compte désormais parmi ses élèves une championne départementale de fluence, Naïla. On la retrouve avec la directrice Mme Baillif et l’enseignant M. Martin dans la bibliothèque. Un lieu important de l’école, géré par des mamans d’élèves et ouvert aux familles. « Au début, je n’aimais pas lire, je n’y arrivais pas, raconte Naïla. Et puis ma mère a commencé à me faire la lecture tous les matins pendant un quart d’heure. C’est un moment que j’adore et, depuis, j’aime lire. Moins de télé et plus de lecture… On achète des livres à l’ACSH et on m’en offre… J’ai trois frères et sœurs et maintenant je leur fais la lecture. »

Depuis deux ans, l’école Ampère participe au concours national « Les Petits champions de la lecture ». Naïla et son camarade Faris ont d’abord été champions de l’école, puis Naïla a gagné les sélections départementales et s’est qualifiée pour la régionale (verdict le 20 mai 2026). La fierté se lit sur son visage et ceux de Mme Baillif et M. Martin : « Les évaluations montrent que nous avons des élèves qui s’expriment mal, parce qu’ils ne lisent pas beaucoup, qu’ils sont trop sur les écrans. Tout est bon pour attirer les enfants vers la lecture. Entre l’école, les Animalins et l’ACSH, il y a un bon environnement pour soutenir les enfants. L’exemple de Naïla profite à tous. Sa préparation pour le concours est un travail collectif, on débriefe ensemble en classe, on partage ses victoires. Tous les élèves sont fiers et veulent faire comme Faris et Naïla ! »

Il ne faut pas insister beaucoup pour que Naïla se lance dans la lecture à voix haute du Journal de Gurty, son livre de concours. La performance de trois minutes est bluffante. La lecture est parfaite et l’interprétation vivante. Naïla sait ce qu’elle fait et le fait très bien. Sa voix change, son visage s’anime et reflète les émotions variées des personnages. Et le grand sourire à la fin n’appartient qu’à elle.

Dans la salle d’exposition de la médiathèque Elsa-Triolet, Aminata Dia aussi sourit. Elle est en train de lire son devoir de terminale, sur le thème « Racontez une expérience qui vous a fait comprendre qui vous êtes vraiment ».

La parole qui libère

Elle avait écrit sa découverte de la pratique du théâtre en seconde, comme une naissance à sa conscience de jeune fille noire. Le texte est puissant, intime et politique. La lecture est élégante et précise. « C’est une passion qui a commencé avec un livre. En troisième, le documentaliste du collège Paul-Éluard m’a conseillé de lire l’autobiographie de Cassius Clay, racontée par Catherine Locandro. Avec ce livre, j’ai ressenti beaucoup d’émotions, le pouvoir des mots comme jamais auparavant. J’aimais tellement ce livre que je le sortais en cours. J’aimais l’histoire, l’écriture, je me suis identifiée aux combats de Cassius Clay. Je lisais des passages à voix haute et je m’enregistrais pour réécouter. »

L’année suivante, Aminata fait donc du théâtre. « À la fin de l’année, on a présenté la pièce On ne paie pas ! On ne paie pas ! de Dario Fo, je jouais le rôle d’Antonia, une Italienne énergique. Une minute avant de monter sur scène, j’allais abandonner. J’avais le trac, mais je l’ai transformé en motivation. Je me suis révélée face au public, alors que j’étais très timide au départ, je n’osais pas parler en public. Plus jeune, j’avais plein de choses en tête mais rien ne sortait. » Ça va beaucoup mieux : la brillante Aminata a eu deux (oui, deux) bacs avec mention très bien et elle poursuit des études en sciences politiques. Elle a commencé à faire des concours d’éloquence et compte bien continuer. « Les élèves introvertis peuvent se libérer grâce à l’éloquence. Pour se rencontrer, il faut se parler. »

Concours d’éloquence : L’école Langevin à la pointe

Le 24 mars 2026, l’école élémentaire Paul-Langevin organisait son premier concours d’éloquence à la salle festive. Des centaines d’enfants dans la salle, plus de 40 élèves passés sur scène, de la poésie, des costumes, des décors et des applaudissements : une vraie réussite expliquée par l’enseignante référente Khadija Hany. « Avec des élèves volontaires, on a préparé le concours dès le mois de novembre. Quand les enfants s’investissent dans quelque chose, ils vont au bout. Et les élèves en difficulté se sont emparés du concours comme d’un moyen de s’exprimer, d’exister, ils étaient à l’aise. Le but, c’est d’habituer l’enfant à parler en public, à exprimer et partager des émotions. Ce n’est pas vraiment une compétition, plutôt du partage. On recommencera l’année prochaine, avec j’espère encore plus d’élèves. »