L’art de survivre : portrait de Sarya Nurcan Kaya

Kurde en exil, l’artiste Sarya Nurcan Kaya crée une œuvre aussi importante que fugace. Il ne faut pas rater sa grande exposition à la médiathèque Elsa-Triolet.

Dans son petit atelier, Sarya Nurcan Kaya sort d’un placard des étoffes brodées, un foulard blanc et des paquets de lettres et de dessins. En apparence, ça pourrait ressembler à des ouvrages de dame, des souvenirs de petite fille ou des éléments de scrapbooking. De quoi tuer le temps avant qu’il ne nous tue. Mais, sous la surface, c’est une œuvre forte et fragile en même temps qui se révèle, aussi intime que politique. Sarya Nurcan Kaya est une artiste kurde installée en France. La jeune femme a dû quitter la Turquie en 2021, parce que ses œuvres dérangeaient le pouvoir et le système patriarcal. Titrée “Sûr”, son œuvre la plus emblématique représente, brodée sur un tissu, ruelle après ruelle, le plan d’un quartier historique de la ville kurde de Diyarbakir (Amed), entièrement rasé par les appareils de l’État.

Comme les fils arrachés au tissu, Sarya a vécu déracinée, en exil. D’abord en Turquie où l’identité kurde est réprimée, puis en France où elle apprend doucement la langue et les coutumes. En migration, elle a beaucoup patienté dans les méandres administratifs et en a tiré les dessins subtils de la série Journal de Normandie. Multiforme et complexe, son œuvre est nourrie de la riche, ancestrale et malmenée culture kurde. Depuis son histoire personnelle, elle explore des questions sociales et les notions de migration et d’exil. Elle vise à faire le lien entre le passé et le présent, là-bas et ici, à reconstruire l’histoire personnelle et collective sur la mémoire et les traces, contre l’oubli.

Vernissage le 8 septembre 2026

Sarya pratique un art de peu de moyens, aussi fugace et obsédant que peut l’être un souvenir. Son atelier, c’est une table dans le séjour de son appartement. Elle explique avoir passé beaucoup de temps au parc du Champ-des-Bruyères, là où pendant la Seconde Guerre mondiale il y a eu un hôpital militaire. Elle s’est demandé si un jour elle-même allait pouvoir guérir et y a fait des photos. Elle parle (entre beaucoup d’autres choses) de « survivre à travers l’art » et de « guérison ». Son œuvre semble pousser comme un bouquet d’adventices surgi au milieu du béton : une fois qu’on l’a remarquée, on ne voit plus qu’elle. « J’espère que mes œuvres, nées de ma petite table, de mon atelier modeste, des traces conservées dans mes tiroirs et des images enfouies au plus profond de ma mémoire, pourront trouver un écho universel et toucher un public plus large », dit enfin Sarya. Pour exaucer son vœu, rendez-vous à l’exposition.

Exposition rétrospective du 4 au 19 septembre 2026 à la médiathèque Elsa-Triolet. Vernissage mardi 8 septembre 2026 à 18h30 en présence de l’artiste.