La rédaction du Stéphanais : Votre liste a été élue dès le premier tour avec un score très confortable. Quelle est votre réaction et quel message adressez-vous aux Stéphanais et Stéphanaises ?
Joachim Moyse : Je suis heureux de la confiance qui a été exprimée à travers les 72,38 % de votants qui ont porté leur choix sur la liste de « La gauche rassemblée, agir et vivre à Saint-Étienne-du-Rouvray » que je conduisais. J’avais déjà l’énergie nécessaire mais cette expression de confiance insuffle un dynamisme supplémentaire. Ça nous engage, au double sens du terme, ça vivifie d’une belle manière pour poursuivre sur la lancée de 2020.

Le taux de participation de 42,15 % est néanmoins assez faible. Comment l’expliquez-vous ?
J’en fais une double lecture. D’une part, certains ont pu se dire que les choses étaient jouées d’avance et ne sont pas allés voter. D’autre part, la participation a quand même augmenté par rapport à 2020 puisque plus de 2 000 personnes supplémentaires sont venues voter.
Mais en 2020 l’élection est intervenue en pleine crise sanitaire…
Certes, mais l’on trouve toujours des circonstances particulières à chaque élection. Ce qu’il faut noter, c’est un affaissement de la participation à l’échelon national. Ça traduit, peut-être, pour un certain nombre de personnes, un intérêt décroissant ou un désintérêt pour les questions politiques. Dans un contexte général où toute l’actualité nous tourne vers des questions angoissantes dont les guerres et leurs conséquences sur le porte-monnaie des Français, le pouvoir d’achat et le prix baril de pétrole qui flambe : nombreux sont ceux qui tournent le dos aux urnes.
De quoi vous ont parlé les habitantes et habitants au cours de la campagne électorale ?
D’abord, j’aimerais rappeler que l’on ne parle pas des mêmes choses quand on discute avec les habitants sur les réseaux sociaux, en porte à porte, dans une réunion de quartier ou lors d’une réunion publique à la salle festive. D’où l’importance de varier les rencontres. Il y a bien sûr les préoccupations du quotidien ou la netteté des espaces publics. Il y a des gens qui considèrent que les adventices sont des mauvaises herbes et qu’elles sont sales, mais ce n’est pas sale, et c’est un sujet à l’ordre du jour du mandat.
Il y a aussi le sentiment de sérénité : la lutte contre les nuisances sonores et donc les engins motorisés utilisés de façon très bruyante. C’est un enjeu important. Enfin, évidemment, les questions liées au logement sont toujours très récurrentes. C’est une priorité dans notre commune et la Ville justement travaille à développer une offre de logements adaptés à la situation de vie des gens, à leurs besoins, au confort et au coût recherché.

Comment la Ville agit sur ce sujet ?
Par exemple avec des actions avec les bailleurs sociaux, des actions sur les copropriétés privées qui se dégradent, la recherche des possibilités pour développer des nouveaux programmes de logements neufs, si possible adaptés à tous les âges, etc.
Quels seront les premiers chantiers du nouveau mandat ?
Les premiers grands chantiers, dans l’ordre chronologique, c’est la construction de la nouvelle maison du citoyen et de l’accès aux droits Clara-Zetkin. Elle devrait être terminée entre fin 2026 et début 2027 et s’inscrire, sur le plan architectural, dans le prolongement de la médiathèque Elsa-Triolet.
Ensuite, pour répondre aux besoins qui s’expriment sur la santé, il y a la construction du futur centre de santé municipal, avec des professionnels salariés par la Ville, qui sera situé rue Charlie-Chaplin dans l’ancien centre de tri postal. Les travaux doivent commencer mi-2026, pour une ouverture prévue en 2027. Enfin, il y a la rénovation de notre patrimoine, pour faire en sorte que nos bâtiments soient les plus accueillants et confortables possible pour les usagers et les pratiques qu’on peut y trouver. Ce sont les écoles, les gymnases, les vestiaires des clubs de football, etc.
Faire en sorte que nos bâtiments soient les plus accueillants et confortables possible pour les usagers
Plusieurs changements sont aussi prévus dans le centre-ville.
Oui et cela très rapidement, dès 2026, avec la rénovation des espaces publics et l’inauguration d’un parvis Jacques-Hamel devant l’église, le 26 juillet prochain. Nous accompagnerons également des mutations urbaines dans le centre comme le déménagement du garage Renault de la rue de Paris dans le quartier de l’Industrie.
Et concernant la jeunesse ou les associations ?
Cela figure dans notre programme où nous avons listé 60 engagements, sur 6 axes qui seront développés sur les 6 ans du mandat. Le maire n’est pas seul, je ne vais pas tout faire. C’est toute l’équipe municipale qui le mettra en œuvre et je ne veux pas mettre la charrue avant les bœufs. Il faut que les choses s’installent. On va travailler en équipe et dresser le calendrier.
Le maire n’est pas seul, je ne vais pas tout faire
Vous avez indiqué pendant votre campagne que vous n’augmenteriez pas les impôts.
Oui, et ce n’est pas une nouveauté. Ça a toujours été notre volonté de ne pas augmenter la taxe foncière sur le bâti. Mais attention, la Ville ne contrôle pas tous les éléments de la taxe foncière, qui peut augmenter malgré tout. Ce serait de la démagogie de dire le contraire ou de promettre de la baisser puisque cela signifierait de rogner sur des dépenses.
Le commerce de proximité est aussi une question importante sur le territoire…
Le rôle des commerces locaux est central dans le maintien d’une vie sociale et relationnelle agréable. On ne peut pas en avoir dans tous les quartiers, mais là où il y en a il faut le préserver, le redynamiser, l’accompagner. À chaque fois que l’on peut installer un commerce qui répond à des attentes qui ne sont pas couvertes, il faut l’aider. À ce titre, des lieux pouvant accueillir des commerces doivent être construits rue du Madrillet.

Quel impact aura cette élection au niveau métropolitain ?
Le résultat de l’élection permet de faire siéger 6 élus stéphanais au conseil communautaire. Je pense qu’ils auront à cœur de porter aussi au sein de la Métropole les attentes des habitants. Je pense aux transports, dont on a fait avancer la question de la gratuité. Aux mobilités douces avec des kilomètres de pistes cyclables en plus. Et la qualité des routes bien sûr !
On l’a vu récemment, il suffit d’un épisode hivernal de grand gel pour que les routes se dégradent rapidement. On a besoin de réactivité et de proximité de la part de la Métropole pour pouvoir soigner nos plaies routières.
Quels seront les sujets à défendre à ce niveau pendant le mandat ?
Le développement économique de la métropole ne peut pas être uniquement tourné vers le tourisme et l’intérêt du cœur de Rouen. En termes d’emploi et d’industrie propre, le territoire stéphanais est capable d’accueillir des entreprises. C’est primordial ici.
La ville peut aussi répondre à des enjeux du territoire, avec le secteur Claudine-Guérin qui présente des atouts écologiques et avec lequel il faut savoir composer pour en faire, non pas une zone gelée, mais vivante, pour accueillir des habitants, de l’artisanat, de l’entrepreneuriat ou du maraîchage de proximité…
Le développement économique de la métropole ne peut pas être uniquement tourné vers le tourisme et l’intérêt du cœur de Rouen
Depuis 2020, vous avez souvent dénoncé la baisse des financements de l’État aux communes.
Oui. Nous avons des projets mais force est de constater qu’avec les baisses continues des dotations de l’État, on ne peut pas aller aussi vite qu’on le voudrait. La politique actuelle de l’État est un frein. À chaque baisse, c’est-à-dire chaque année, nous devons être très attentifs à nos priorités en matière de service public. Nous avons choisi la question éducative, avec le déploiement de tous nos espaces périscolaires Animalins dans les écoles. C’est un engagement fort.
À côté de ça, nous devons aussi faire progresser la qualité de vie… Comme le disent les économistes, on est obligés de « lisser nos efforts ». Sur ce point, je résumerais en disant que nous tâcherons de consolider les choses positives qui existent. La préservation des conquis, c’est aussi un engagement fort du mandat.