Du 6 au 16 octobre 2026, les SISM (Semaines d’information sur la santé mentale) sont l’occasion de favoriser les rencontres et les échanges entre le grand public et les personnes concernées par des problèmes de santé mentale.
Les Sism (Semaines d’information sur la santé mentale) sont une opération nationale qui vise (entre autres) à « banaliser » l’idée de santé mentale – bonne ou moins bonne – en permettant des moments de rencontre et d’échange entre des personnes avec des troubles et d’autres sans. La Ville participe aux Sism depuis trois ans, dans le cadre de son CLSM (Contrat local de santé mentale). Seules deux villes en Seine-Maritime ont mis en place un CLSM: Saint-Étienne-du-Rouvray et Elbeuf.
Ici, l’environnement est propice : le centre hospitalier du Rouvray (CHR), deuxième de France en nombre de consultations, est en partie sur le territoire de la commune. Un Clubhouse (façon lieu social de jour) a aussi ouvert il y a deux ans rue Ernest-Renan. Des résidences existent pour les personnes avec des troubles mentaux. La Ville est partenaire de ces lieux et très concernée par les questions de santé, comme le montre l’embauche fin 2023 d’un coordinateur « accès aux soins et santé mentale », Stéphane Chateil.
Le thème de l’édition 2026 des Sism est « Ouvrons-nous aux arts ». Du 6 au 16 octobre 2026, différents événements sont proposés, ouverts à tout le monde et gratuits : des projections de films (suivies de débats), la Nuit d’Artaud au CHR, un spectacle scène ouverte au centre socioculturel Georges-Déziré… Retrouvez le programme des rendez-vous sur la page correspondante.
Et le 8 octobre 2026, la médiathèque Elsa-Triolet sera le lieu idéal pour accueillir, comme le 2 juillet dernier, une nouvelle « bibliothèque vivante », pendant laquelle des personnes écrivent et partagent l’expérience de leur santé mentale. Un moment émouvant et enrichissant pour tout le monde.
Interview de Gaëlle Opolczynski, psychologue au CHR et organisatrice des « bibliothèques vivantes »
Comment sont nées les « bibliothèques vivantes » ?
G.O. : « Le concept de bibliothèque vivante vient du Danemark. Dans les années 2000, il y avait des tensions dans une ville entre des groupes ethniques, chacun avait des préjugés sur les autres. L’idée a été de les faire se rencontrer physiquement, d’humain à humain, pour faire tomber les barrières et les préjugés. Cette rencontre passe par l’écrit.
Un texte est préparé en amont, lors d’ateliers. Puis ce concept a été repris en France et appliqué à la santé mentale. Au Rouvray, on l’applique dans une unité qui s’appelle le Start (Service de traitement à vocation régionale des troubles thymiques). On y accompagne des personnes avec des troubles de l’humeur (comme la dépression, la bipolarité), qui reprenaient une vie normale mais se sentaient entravées par la stigmatisation.
Dans une relation de travail ou intime, ils ont peur de parler de leur trouble psychique. L’idée de la bibliothèque vivante, c’est de créer des occasions de déstigmatisation en allant au contact des gens, de la société. Les troubles psychiques isolent, parfois énormément. Rencontrer du monde, avoir du retour sur son histoire, c’est bénéfique pour tout le monde.
Plusieurs « bibliothèques vivantes » ont eu lieu à Saint-Étienne-du-Rouvray. Ça se passe bien?
G.O. : Des volontaires participent. On parle de « personnes concernées », pas de patients.
Il y a des ateliers de préparation, on écrit, on s’entraîne à prendre la parole. Soignants et personnes concernées font les mêmes exercices, on écrit sur notre santé mentale.
On a eu des expériences très positives ici, les « livres » se sentent bien. Le sujet fait peur et intéresse en même temps. On le fait aussi pour les gens qui écoutent. Ils sont curieux et veulent comprendre, parce qu’ils se sentent de plus en plus concernés. On a tous une santé mentale, qu’on ait un trouble ou pas. On va être un sur quatre au cours de notre vie à être concerné par un trouble psychique.
Vos enfants, vos parents, vos voisins, vos proches… il y a forcément quelqu’un qui vit avec un trouble psychique. Les livres vivants sont des personnes comme vous et moi, qui témoignent de leur vie pour changer le regard de la société sur la santé mentale. »
Témoignages
Une « bibliothèque vivante » a eu lieu début juillet à la médiathèque Elsa-Triolet. Avec d’autres « livres vivants », Damien et Martha ont partagé leur expérience.
Damien : « Je suis suivi depuis quelques années par le CHR. Les moments avec du public, c’est difficile, anxiogène pour moi. J’en ressors fatigué. C’est la première année que j’arrive à franchir le cap d’être « livre vivant », de lire mon texte. Je me sens plus à l’aise, j’ai bien évolué. L’ambiance est bienveillante, ça me met en confiance. Je le fais plus pour moi que pour les autres, même si tout le monde en profite. C’est un exercice d’exposition sociale, j’en tire une certaine fierté. »
Martha : « C’est la deuxième année que je fais le « livre vivant ». Ça me fait beaucoup de bien de pouvoir partager. J’ai commencé à écrire comment je me sentais en 2024, sous forme de poème. Une aide-soignante m’a conseillé de continuer à écrire. Parfois, quand je vais très mal, j’écris des choses pas très positives. Mais quand je n’arrive pas à parler, écrire m’aide à transmettre aux soignants ce que je ressens. Souvent, je reprends des lettres que j’ai faites pour les soignants et je les tourne en poèmes, avec une touche d’espoir à la fin. J’ai écrit un recueil de poèmes en trois chapitres : mes traumatismes, les troubles liés aux traumatismes et la résilience. Je ne l’ai pas publié, je n’ose pas. Il faut que je me fasse confiance… »