Interprète et chorégraphe, Camille Dewaele est l’artiste associée du Rive Gauche pour trois saisons. Avec elle, la danse devient partage, rencontre et métamorphose, au plus près des corps.
Certains se font porte-parole. Camille Dewaele, elle, se fait porte-corps. Elle prête ses muscles, ses contractions et ses respirations à des femmes détenues, des adolescents en déséquilibre, des corps empêchés.
Depuis deux ans, elle mène des ateliers au sein du centre hospitalier du Rouvray avec des patients, investissant le réfectoire ou les couloirs de l’établissement pour y proposer des performances sensibles, à hauteur d’humain.
« Je suis poreuse aux autres. J’attends d’être touchée par d’autres histoires, d’autres corporalités. Cela constitue une nourriture chorégraphique essentielle », explique-t-elle.
Cette dimension sociale irrigue aussi son travail avec le Rive Gauche, à travers des ateliers menés auprès des scolaires et des amateurs. Une attention à l’autre qui s’enracine dans la danse et dans l’enfance. Sa mère l’accompagne dans ses premiers pas de danse classique et son père, gymnaste et engagé dans l’éducation spécialisée, la familiarise très tôt avec la « physicalité » du corps et la question du handicap. Elle se forme à l’école Secteur 7 à Maubeuge, puis lors de stages internationaux et, après plusieurs années dans l’ingénierie sociale, choisit de quitter la stabilité pour l’inconnu de l’intermittence: danser et chorégraphier à plein temps. En 2018, Camille rejoint la compagnie Melting Spot de Farid Berki, puis le Ballet du Nord dirigé par Sylvain Groud, sans jamais perdre cette fibre sociale.
Une histoire d’équilibres
À la croisée du contemporain, du hip-hop, du krump et du flamenco, sa danse se déploie comme une créature hybride et puissante. Elle présente son premier solo Aequilibrium, avec le Rive Gauche le 6 février dernier.
« J’y explore nos contrastes et notre quête d’harmonie émotionnelle, entre contraintes et libertés. »
En amont du spectacle, lors d’un atelier, elle invite des amateurs à questionner les postures et représentations imposées aux corps féminins, jusqu’à laisser émerger le monstre qui sommeille sous l’enveloppe.
Franche, brute, souvent drôle et toujours dans l’accompagnement, sa danse ouvre à une conscience accrue du corps et de ses possibles. D’autres projets sont en germe. « Je travaille actuellement à la création d’un bal chorégraphique participatif, Le Bal des Reines », annonce-t-elle, préférant célébrer la reine Mathilde plutôt que Guillaume le Conquérant pour le millénaire de la naissance du duc de Normandie en 2027. Une danse qui prend racine dans les entrailles et s’élance pleinement dans le collectif, à La vive allure, nom de sa toute jeune compagnie.