Dernier épisode : au rythme du soin

Tous les mardis, six collégiens venus des centres médico-psychologiques de Saint-Étienne-du-Rouvray et Oissel participent au parcours « Soins et musique » du conservatoire.

Au son du djembé, les enfants avancent dans la salle de danse, un pas après l’autre. La cadence s’accélère, les pas s’allongent et les regards s’accordent. « La séance s’ouvre sur ce type d’exercice qui permet aux enfants d’habiter leur corps, de prendre conscience de leur présence dans l’espace et au milieu des autres », explique Tiphaine Train, psychomotricienne au centre hospitalier du Rouvray (CHR). Ces six jeunes, suivis pour troubles psychiques, comportementaux ou moteurs, viennent ici sur prescription médicale. Certains cherchent encore à s’affirmer et longent les murs, d’autres apprennent au contraire à canaliser leurs gestes et leur énergie.

« On mélange des exercices connus et nouveaux, je ne m’ennuie jamais ici », sourit Manon*. Cette heure hebdomadaire est une bouffée d’air dans un quotidien scolaire parfois lourd, ponctué de moqueries ou de harcèlement. « Je suis contente de ce que j’ai fait quand je sors de cet atelier », confie Meïssa. « C’est la première fois que je fais de la danse », ajoute Théo. On comprend, à les regarder évoluer en musique, que trouver ses appuis, ses impulsions et son équilibre est, pour eux, un exercice aussi corporel que mental.

Habiter son corps, écouter les autres

Dans la salle de musique, chacun choisit un instrument. Au fil des signes de sound painting réalisés par Cédric Vincent, le petit groupe fait naître soleil, pluie et tempête. Il faut maîtriser son geste sur la cymbale, redresser son corps au piano, lever la tête pour guetter les autres. « On travaille la concentration, l’observation et l’écoute », note le professeur, engagé depuis un an dans le dispositif.

Initié par Tiphaine en 2008 et intégré au conservatoire en 2014, le parcours vise moins à former des musiciens qu’à développer la créativité et la confiance. Alors que Tiphaine travaille l’ancrage et la présence, Cédric ouvre des chemins d’expression. Un duo complémentaire rejoint par une psychologue qui encadre le dispositif. En juin, elle mènera un entretien avec les enfants et leur famille qui permettra d’évaluer les progrès et d’adapter l’accompagnement psychologique et créatif. « Avec cet atelier, nous permettons simplement à ces enfants d’être eux-mêmes », résume Tiphaine Train.

*Les prénoms des enfants ont été changés pour respecter leur anonymat

Tiphaine et Cédric : deux guides au service du soin et de la musique

 

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SÉRIE – Handicap en mouvement