Handicap : les délais de traitement des demandes peuvent être particulièrement longs en Seine-Maritime

Depuis plusieurs années, les délais de traitement des demandes concernant le handicap en Seine-Maritime sont particulièrement longs.

« Ca fait 18 mois que j’ai fait une demande d’AAH (allocation aux adultes handicapés) et que j’attends toujours une réponse. » Installé au bout d’une longue table, dans la salle de réunion du centre communal d’action sociale (CCAS), L. se confie sur sa situation. « Je les ai relancés deux fois via une assistante sociale qui travaille à l’hôpital qui a fait la demande, mais ils n’ont pas pu me donner une date. Ça nous laisse dans l’ignorance. À la fin, on commence à douter, on se demande s’ils vont accepter le dossier ou pas. » De l’autre côté de la table, R., dans une situation similaire, attend une réponse depuis 19 mois. À l’instar de son compagnon d’infortune, il affirme avoir relancé la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) à plusieurs reprises, sans obtenir la moindre information sur l’avancement de son dossier.

Ces deux Stéphanais ne sont pas des cas isolés. Depuis plusieurs années, la MDPH de Seine-Maritime affiche des délais de traitement des dossiers particulièrement élevés, bien que redescendus à 6,1 mois au troisième trimestre 2025. L’administration seinomarine affichait encore au premier trimestre 2025 des délais de traitement moyen pour les nouvelles demandes de 9,4 mois, selon les statistiques nationales. Un chiffre alors seulement dépassé par Mayotte et ses 14,9 mois.

Des délais pouvant aller de 12 à 18 mois

Interrogé à ce sujet en septembre dernier, le directeur du CCAS, Pierre Roger évoque plutôt des délais allant de 12 à 18 mois. «Nous, au niveau du CCAS, on a plutôt les dossiers complexes, qui peuvent avoir plusieurs sujets, que ce soit de l’aménagement du logement ou des aides comme l’AAH. Donc c’est vrai que nos dossiers prennent plus de temps », explique-t-il. « Tout ce qui est handicap a toujours été le parent pauvre », analyse Marie-France Neveu, assistante sociale au CCAS où elle est responsable des dossiers RSA. L’agente pointe aussi la complexité du dossier, ainsi que des démarches médicales associées, qui rendrait la procédure de demande inaccessible à certaines personnes, notamment celles en grande difficulté sociale suivies par le CCAS.

« Le certificat médical fait 8 pages et la partie administrative, c’est un pavé. Alors pour toutes les personnes qui ont des difficultés, c’est un labyrinthe. Et puis il y a des questions qui peuvent être embarrassantes », relance Marie-France Neveu, montrant sur le document les questions liées à la vie quotidienne, ainsi qu’une page blanche sur laquelle le demandeur est invité à rédiger d’éventuels commentaires sur sa vie. « La partie projet de vie, c’est pour tous les gens qui le font directement sans passer par l’hôpital, précise-t-elle. “Projet de vie”, en général, se résume à “Je voudrais aller mieux”. Je trouve que c’est souvent aborder des choses un peu douloureuses. » Effet collatéral de cette complexité et des délais de traitement des dossiers, un certain nombre de personnes éligibles à l’AAH renonceraient à faire valoir leurs droits.