L’histoire bouleversante de Marcel Racine

Marcel Racine avec sa Légion d'honneur et sa famille. Photo Jean-Pierre Sageot

Survivant de la guerre d’Algérie où il a vécu un drame horrible, le Stéphanais Marcel Racine a été décoré de la Légion d’honneur.

Le 19 décembre 2025, dans la salle des séances de la mairie, Marcel Racine, 90 ans, a reçu la Légion d’honneur, la plus haute des distinctions nationales. Elle lui a été remise en mairie par Guy Pla, lui-même ancien combattant décoré de la Légion d’honneur, en présence notamment du maire Joachim Moyse, de Georges Grard-Colombel président du comité de la Fnaca (Fédération des anciens combattants d’Afrique du Nord), de nombreux anciens combattants et de membres de la famille de Marcel Racine. C’est la huitième médaille que reçoit Marcel Racine, 15 ans après la prestigieuse Médaille militaire, et ce n’est pas la moindre. C’est un moment rare dans l’histoire d’une commune et d’un homme, chargé de solennité et d’émotion. Toutes ces décorations sont une fierté et une reconnaissance pour lui et sa famille. Mais elles ne recouvriront sans doute jamais la plaie béante laissée dans son corps et sa vie par la guerre d’Algérie. Marcel Racine vit au Bic Auber. Dans sa bibliothèque, près des cassettes vidéo et sous une rangée de petites voitures qui reproduisent celles qu’il a eues en vrai, il y a un livre qui s’appelle Les Oubliés de la guerre d’Algérie. Ce n’est pas son autobiographie, mais c’est un peu son histoire.

Marcel Racine est né le 5 octobre 1935, dans la campagne près d’Yvetot, en même temps que Claude. Des frères jumeaux, tellement inséparables qu’en 1955, quand l’un est mobilisé pour la guerre d’Algérie, l’autre décide de s’engager aussi, alors qu’il aurait pu y échapper. Les jumeaux se ressemblent vraiment, presque identiques sur les photos en uniforme. Pour les différencier, un signe : Marcel porte sa montre au poignet droit et Claude au poignet gauche.

Embuscade mortelle

Les deux jeunes hommes sont toujours ensemble. Le 15 décembre 1956, leur camion qui roule du côté de Bossuet, dans la région d’Oran, est pris dans une embuscade. Sept soldats sont à bord du camion GMC pris sous le feu ennemi et tous vont mourir, sauf Marcel. Son frère Claude reçoit une balle dans la tête. Pour éviter d’être tué, Marcel fait le mort. Il reçoit dans le flanc gauche la balle qui aurait dû l’achever. Il presse sa blessure pour éviter l’hémorragie, rampe jusqu’au corps de son frère. Marcel survit comme un miraculé, douze heures dans un enfer solitaire avant qu’une compagnie ne lui porte secours.

Marcel Racine passera deux mois à l’hôpital de Sidi Bel Abbès, avant de rentrer en France, seul et avec dix kilos en moins.
Il ne sera démobilisé qu’en mai 1958, après 32 mois d’armée et une vie comme amputée de sa moitié. Il va s’occuper de la famille, puis se marier avec Jacqueline en 1961 et travailler en usine comme soudeur.

Le couple s’installe à Saint-Étienne-du-Rouvray en 1966. Il aura trois enfants, puis six petits-enfants et aujourd’hui trois arrière-petits-enfants. « J’ai grandi avec cette histoire et je me souviens que papa partait s’isoler pour pleurer », explique son fils Hervé, né en 1963. Jacqueline est décédée il y a deux ans. Marcel a perdu sa partenaire de danse et traversé sa vie avec le poids de l’absence, les regrets et le sentiment de culpabilité d’avoir laissé son frère là-bas.