La Poste : « une perte de sens du métier »

Les facteurs de la plateforme industrielle courrier (PIC) de Saint-Étienne-du-Rouvray étaient en grève le 30 août pour dénoncer la réorganisation de leur métier (photo Jean-Pierre Sageot)

Le facteur qui distribue le courrier n’est plus celui qui prépare la tournée. Du « grand n’importe quoi » selon des facteurs. Un « rééquilibrage du modèle économique » selon la direction.

« C’est une véritable perte de sens du métier, on est amputés de la moitié de notre travail. » Le constat de Robert Lelièvre, facteur et représentant CGT, résume le sentiment de bien des facteurs stéphanais et osséliens qui, depuis cet été, estiment leur métier « cassé en deux« .

En cause : « Une nouvelle organisation dissociant la phase de tri du courrier de la phase de distribution du courrier« , explique La Poste.

« C’est cette réorganisation qui génère tant de retards« , dénonce Robert Lelièvre. Des retards qui ont poussé le maire Joachim Moyse à écrire le 29 juillet au directeur opérationnel courrier de Normandie, Jean-Philippe Bouron.

Sans remettre cette réorganisation en cause (« Il n’y aura pas de machine arrière« , a-t-il confié fin août), le directeur courrier a répondu au maire, le 31 juillet, en pointant la responsabilité des facteurs eux-mêmes et des usagers. Aux premiers, la nécessité de s’ « approprier » cette réorganisation, assène-t-il, et aux seconds… de mieux écrire l’adresse sur les enveloppes!

Une position d’autant plus déroutante que Jean-Philippe Bouron reconnaît volontiers qu’ « auparavant, pour la satisfaction clients (sic), les facteurs palliaient ces défauts d’adressage par leur connaissance terrain (re-sic)« . Alors pourquoi réorganiser un service qui, sur ce point, fonctionnait plutôt bien?

Les humains et la machine

« Désormais, ceux qui sont au tri ne connaissent pas les tournées, déplore Sandrine*. Les bacs de courriers en souffrance s’accumulent faute de pouvoir les positionner. C’est du grand n’importe quoi! » Côté direction, on affirme qu’il n’y a « pas de restes« . « Ou alors, ajoute-t-on, ce sont des plis dont le facteur n’a pas trouvé l’adresse ou que préparateur a mal positionné. »

Là encore, la direction préfère incriminer l’humain quand, côté facteurs, on met en cause le recours à la machine:

« C’est une machine qui nous dit où positionner le courrier, raconte Sandrine, mais elle ne comprend rien, la machine. Par exemple, si vous prononcez mal “immeuble Hauskoa”, la machine comprend “immeuble Ostréa”. Et le courrier part sur une mauvaise tournée ! »

Ces problèmes de machine seront sans doute moins fréquents à la longue mais ils ne pallieront toutefois jamais les adresses approximatives… La machine ne remplace (pas encore) l’humain dans sa capacité à comprendre d’autres humains.

« Toute cette réorganisation, c’est pour donner la distribution au privé« , redoute Virginie*. Ce que dément quant à lui Jean-Philippe Bouron: « Avec ce modèle, on sera plus réactifs, il nous permet de rééquilibrer notre modèle économique. »

Un modèle économique qui inclut, en outre, une augmentation de 10% des timbres au 1er janvier.

* Les prénoms ont été modifiés.

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