Livreurs Amazon licenciés: «on réclame un peu d’humanité»

Les livreurs ont commencé leur grève et manifestations fin avril. "Ceux qui ont des papiers français ont eu tous leurs salaires. Là-dessus, la direction nous a dit ''vous, c'est pas la même chose''. C'est ça la France, le pays des droits et des libertés ? On réclame un peu d'humanité." Photo: Jean-Pierre Sageot

L’Union Départementale CGT de Seine-Maritime appelle à un rassemblement devant la préfecture de Rouen ce mercredi 11 mai à 14h30 pour soutenir les livreurs Amazon en grève. Depuis 12 jours, neuf livreurs du site d’Amazon Logistics (situé à Saint-Étienne-du-Rouvray) ont engagé le combat pour leurs droits avec l’aide du syndicat CGT. Ils réclament réparation après avoir été sous-payés pendant des mois par le sous-traitant qui les employait, Lumina Services. L’entreprise a depuis mis la clef sous la porte et licencié l’ensemble de ses salariés, par un simple SMS.

Embauchés en octobre 2021 par l’entreprise Lumina Services (un sous-traitant d’Amazon Logistics installé sur la zone d’activité stéphanaise), neuf livreurs, dont huit sans papiers, ont été licenciés fin avril sans motif ni versement de leurs derniers salaires. Ils ont alors démarré une grève avec l’aide du syndicat CGT. Le 1er mai, alors que leur situation devenait médiatisée, Lumina Services licenciait l’ensemble de ses salariés (une trentaine de personnes) par SMS et déposait le bilan. « À notre arrivée on nous avait promis 1500 euros par mois avec des semaines de quatre jours et un logement, explique Zoumana*. On n’a jamais vu les 1 500 euros. C’était parfois 1 300, parfois moins. Et du jour au lendemain, on nous a dit de ne plus revenir.» Originaires de Côte-d’Ivoire, du Mali ou de Guinée, les neuf grévistes travaillaient comme livreurs depuis longtemps. Après avoir obtenu des certificats de travail en Italie, ils ont travaillé en Île-de-France, puis ont déménagé en Normandie pour aider au démarrage de l’entreprise Lumina Services. Le sous-traitant de livraison a en effet vu le jour pour répondre aux besoins du site d’Amazon logistics qui s’est installé à Saint-Étienne-du-Rouvray fin 2020. À leur arrivée en Normandie, le logement promis s’avère être un appartement trois pièces situé à Canteleu, où il faut loger à douze.

Un chien grand comme un cheval m’a foncé dessus, j’ai eu peur pour ma vie

Les quatre jours de travail hebdomadaires initialement prévus ont vite muté en semaines sans week-end : «On commence à 7 h, on finit à 22 h, parfois 1 h du matin.» Les livreurs ne comptent plus leurs heures supplémentaires, qu’ils accumulent malgré eux. «Si le client n’est pas là et que tu reviens avec le colis, on te crie dessus comme sur un enfant. La direction menace de nous virer. » « J’ai été livrer des colis jusqu’à 1 h du matin, en campagne, un chien grand comme un cheval m’a foncé dessus, j’ai eu peur pour ma vie », raconte Ousmane*.
Malgré tout ça, les livreurs ne se plaignent pas. « Quand on réclame nos salaires, je ne parle même pas des heures supplémentaires, la seule réponse de la direction c’est ”Tu me casses la tête”. » La prise de contact avec avec la CGT permet aux livreurs de monter une action prud’homale collective. Mais deux jours après le début du mouvement, Lumina Services met la clef sous la porte. Un SMS informe la trentaine de salariés restants qu’ils sont licenciés.

« Amazon est responsable ! »

Dès le début du mouvement de grève, le maire stéphanais Joachim Moyse a alerté le préfet de cette situation, dénonçant les « pratiques dont la légalité semble compromise » de Lumina Services. De son côté, le député de Seine-Maritime Hubert Wulfranc pointe Amazon du doigt : « La mise en concurrence féroce organisée par le groupe Amazon pour obtenir les meilleurs prix se fait trop souvent au détriment des sociétés de livraison qui n’hésitent pas à s’asseoir sur la législation du travail […] Amazon est responsable des sous traitants. » Tandis que la direction de Lumina Services s’est refusée à tous commentaires, celle du groupe Amazon a assuré qu’une enquête était en cours. Les livreurs, eux, poursuivent le combat. « Ce qu’on dit à la direction c’est : nous avons été corrects avec vous, soyez corrects avec nous, explique Ousmane. Ceux qui ont des papiers français ont eu tous leurs salaires. Là-dessus, la direction nous a dit ”vous, c’est pas la même chose”. C’est ça la France, le pays des droits et des libertés ? On réclame un peu d’humanité. »

* Les prénoms ont été changés.

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