Protoxyde d’azote : le fléau qui gagne du terrain

Les agents de la propreté de la Ville ramassent, en moyenne, dans les rues stéphanaises, 50 bonbonnes et cartouches de protoxyde d’azote par jour. Sa consommation n’est pas sans risque pour la santé.

Le phénomène sévit sur toute la ville, quel que soit le quartier, pavillonnaire ou non. Il y a même des points de tension avec des volumes importants », explique Julie Derivière, responsable de la division espace public de Saint-Étienne-du-Rouvray. Et les capsules ne sont pas seulement retrouvées sur les trottoirs. « On constate aussi une consommation au volant : les cartouches sont abandonnées sur les bas-côtés des routes », précise-t-elle.

Le phénomène a pris de l’ampleur après le premier confinement de mars 2020.
« Aujourd’hui, nous ramassons des bouteilles de la taille d’un avant-bras. Les formats sont parfois imposants », souligne Julie Derivière. L’évolution des contenants témoigne d’une consommation qui change d’échelle. Pour mieux suivre la situation, la municipalité a mis en place l’été dernier une cartographie des points de ramassage quotidiens. Ces données sont ensuite partagées avec la police nationale. « Nous travaillons également avec le service prévention et sécurité et la police municipale. Au-delà du déchet, ce phénomène entraîne des comportements à risque », analyse la responsable.

« Pour eux, c’est un produit festif »

Sur le terrain, les acteurs de la jeunesse observent les mêmes dérives. Mohammed Naoui, coordinateur jeunesse au centre socioculturel Georges-Brassens, témoigne : « Nous avons vu des jeunes se blesser après avoir inhalé ce gaz. L’un d’entre eux s’est évanoui et a perdu une dent. » Selon lui, les consommateurs, parfois âgés de seulement 16 ans, minimisent les dangers. « Ils ont l’impression que c’est un jeu. Ils ne se sentent pas dépendants. Beaucoup sont dans l’expérimentation : pour eux, c’est un produit festif. » Pour tenter de faire évoluer les mentalités, le centre socioculturel diffuse désormais des documents d’information et mène des actions de prévention.

Les conséquences peuvent pourtant être lourdes : troubles neurologiques, atteintes cognitives, voire paraplégie dans les cas les plus graves. Les signalements d’accidents se multiplient à l’échelle nationale. Face à l’ampleur du phénomène, les autorités durcissent le ton. En Seine-Maritime, le préfet a renouvelé l’interdiction de la détention et de l’usage de protoxyde d’azote sur la voie publique, y compris dans les véhicules.

Sur Ici Normandie, la directrice de cabinet du préfet appelait récemment à un renforcement de la législation pour endiguer un phénomène qui ne cesse de progresser. Actuellement, la vente aux mineurs de ces substances est interdite et inciter un jeune de moins de 18 ans à en consommer est passible de 15 000 euros d’amende.

Bonbonnes et capsules, des déchets pas comme les autres

Le protoxyde d’azote complique aussi le travail des agents de la propreté urbaine.
« Nous devons vérifier que chaque bouteille est totalement vide avant son conditionnement. Sinon, elle peut exploser et endommager les équipements », explique Julie Derivière, responsable de la division espace public à la ville. Un geste de précaution indispensable, qui rallonge le temps de traitement. Autre difficulté : ces déchets métalliques ne suivent pas le circuit classique de collecte. Les bonbonnes et capsules doivent être déposées en déchetterie. La municipalité dispose d’un accord avec la Métropole Rouen Normandie pour en déposer entre 20 et 30 par semaine. « Mais cela ne correspond pas à nos besoins. Nous avons du mal à évacuer les stocks. Cette situation touche l’ensemble de l’agglomération », souligne Julie Derivière.

Des risques de dépendance bien réels

D’après le Baromètre de Santé publique France, en 2022, 14 % des 18-24 ans déclaraient avoir déjà expérimenté le protoxyde d’azote et plus de 3 % en avoir consommé au cours de l’année. Une pratique loin d’être marginale.

Alors que ses dangers restent souvent méconnus, les autorités sanitaires alertent sur des risques immédiats : asphyxie, perte de connaissance, brûlures liées au froid, vertiges ou désorientation. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) signale également des complications plus graves : atteintes neurologiques, troubles sensitifs et moteurs, risques cardiovasculaires ou encore troubles psychiatriques. Utilisé au volant, le gaz accroît fortement le risque d’accident de la route. Selon une étude de la Fondation Vinci Autoroutes, un jeune sur deux parmi les consommateurs reconnaît en avoir déjà pris en conduisant.

Contrairement à une idée répandue, le protoxyde d’azote peut entraîner une dépendance. En cas de difficulté, il est possible de se tourner vers un médecin traitant ou vers des structures spécialisées dans la prise en charge des addictions.


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