Depuis plus de dix ans, le vestiaire solidaire de l’Association du centre social de La Houssière permet aux habitants de s’habiller à petit prix. Il est aussi devenu un lieu de rencontre essentiel.
Je trie les vêtements dans les armoires pour que les gens puissent trouver leur taille. C’est utile et ça m’occupe», sourit Michelet. Ce retraité bénévole du centre social de La Houssière est l’une des chevilles ouvrières du vestiaire solidaire. Dans les couloirs du centre, sur de grandes étagères blanches, pantalons, pulls et manteaux sont soigneusement alignés. Tout est trié, plié et rangé par taille et par catégorie : bébés, enfants, femmes, hommes. Une chose est sûre : ici, tout est de seconde main, mais sélectionné avec soin. Chaque semaine, trois à cinq dons arrivent. Les habitants se présentent à l’accueil avec leurs sacs remplis de vêtements. « Souvent, ils aiment que l’on regarde avec eux ce qu’ils apportent. Ils se sentent utiles et veulent savoir que cela servira à quelqu’un », explique Marlène Cretot référente du vestiaire. Une fois déposés, les vêtements sont soigneusement triés. Une tâche importante : la gestion du vestiaire représente environ 70 % d’un poste à temps plein. Deux référentes, Marlène et Manon, se partagent ce travail, épaulées par des bénévoles.
Certains moments de l’année sont plus intenses : avant Noël ou à l’arrivée du printemps, quand les habitants font du tri chez eux, lors d’un déménagement ou après un décès. Mais rien ne se perd, les vêtements hors d’usage partent à la déchetterie, lors d’un passage hebdomadaire. Et quand les stocks sont trop importants ou que certains articles ne peuvent pas être exposés faute de place, l’équipe propose les dons sur internet. « On les met sur la plateforme Geev, une application de dons, ou sur Facebook», explique Carolanne Langlois, directrice du centre social. L’équipe travaille également avec les centres médico-sociaux, afin d’orienter des familles qui pourraient avoir besoin de vêtements. Dans le vestiaire, le prix est unique : 50 centimes l’article. Un choix assumé. « C’est plus simple pour la gestion. Mais nous voulions aussi mettre un prix pour sortir de la logique d’assistanat. Les gens peuvent dire : “J’ai acheté ce vêtement”, et pas “On me l’a donné”. C’est une autre démarche », affirme Carolanne Langlois. Au fil des années, le vestiaire attire un public très varié : familles, étudiants, seniors ou simples amateurs de seconde main. Ouvert en 2011, le vestiaire solidaire ne proposait au départ que deux ventes par mois pour financer des projets de l’association. Face au succès, il ouvre tous les jours à partir de 2013, puis s’installe dans le couloir actuel en 2015.
L’équipe a bien tenté un déménagement dans un local annexe, mais l’expérience n’a pas duré. « Nous avons vite compris que le vestiaire est un véritable outil d’action sociale. Les familles viennent regarder les vêtements, puis restent discuter, découvrent d’autres activités ou trouvent une écoute », raconte Carolanne Langlois. Aujourd’hui, toutes les générations se croisent devant les étagères. Il arrive même qu’un enfant venu pour l’aide aux devoirs repère un vêtement et que son parent revienne le lendemain pour l’acheter.
Avec près de 60 bénévoles, le centre social ne manque pas d’idées pour aller plus loin. Certaines couturières du quartier aimeraient ainsi se retrouver pour fabriquer des objets du quotidien à partir de tissus récupérés. Les vêtements inutilisables pourraient ainsi, eux aussi, trouver une nouvelle vie. Une preuve supplémentaire que, derrière les portants de vêtements, le vestiaire solidaire est un véritable lieu de partage.