Fiche d’identité
Naissance : 8 avril 1895, La Vaupalière (76).
Décès : 9 octobre 1915 (20 ans), Lachalade (55).
Profession : journalier.
Grade : soldat, 113e Régiment d’Infanterie, classe 1915.
Campagne contre l’Allemagne : 19 décembre 1914 au 9 octobre 1915 (10 mois).
À quoi ressemblait-il ?
Albert Chevalier avait les cheveux châtain clair et les yeux gris. Nous ne connaissons pas sa taille.
Les archives ne nous renseignent pas sur son niveau d’instruction.
Il était célibataire et vivait chez sa mère et avec son beau-frère Georges Turquier au 31 rue Parmentier, à Saint-Étienne-du-Rouvray.
Biographie
Albert Marcel Chevalier naît le 8 avril 1895 à La Vaupalière (76), d’un
couple modeste dont il est le troisième enfant. La famille connaît très tôt le malheur : un petit garçon naît sans vie en 1896 et la sœur aînée d’Albert décède l’année suivante, à peine âgée de 3 ans. Le couple n’y survivra pas et divorce en 1900. La mère de famille, Angèle Barré, demeure seule avec ses deux fils. En 1903, elle se remarie avec un Stéphanais, veuf et lui-même père de deux enfants du même âge que les siens. Albert Chevalier, alors âgé de 7 ans, rencontre ainsi son frère par alliance Georges Turquier, d’un an son aîné. Cette famille recomposée s’installe 31 rue Parmentier, où le couple donne naissance à un fils, Henri, qui sera le lien entre toute la fratrie. Durant la période, Albert Chevalier devient journalier, comme Georges Turquier. Le malheur n’est hélas jamais loin… Léopold Turquier, le beau-père, décède en 1913, laissant derrière lui sa veuve et les 5 enfants de la famille recomposée, qui continuent à vivre à la même adresse. La période est probablement très dure pour Albert Chevalier, qui dérape et est condamné à deux mois de prison pour « coups et violences » alors qu’il n’a que 18 ans.
Durant l’été 1914, la guerre, qui n’était jusque-là qu’une rumeur qui enflait, devient réalité. Tous les hommes en âge de combattre sont mobilisés. Les deux aînés de la famille, Robert Chevalier (frère aîné d’Albert, né en 1892) et Georges Turquier sont immédiatement mobilisés. Les cousins sont également appelés par l’Armée, notamment Marcel Turquier et Pierre Lechartier.
Le 19 décembre 1914, alors qu’il n’a que 19 ans, Albert Chevalier doit à son tour répondre à la convocation officielle. Il quitte sa mère, sa sœur par alliance Marie et son petit frère Henri, qui restent seuls à Saint-Étienne-du-Rouvray, et intègre le 46e R.I. (Régiment d’Infanterie), avec lequel il suit une période de formation. En avril 1915, le jeune homme est affecté au 31e R.I., qui combat en Argonne depuis plusieurs mois, près de Vauquois (55). Quelques jours plus tard, la famille apprend que l’un des cousins, Marcel Turquier, vient d’être grièvement blessé au sud de Verdun : hospitalisé, il décède à 20 ans. Un mois plus tard, en juin 1915, le deuxième jeune cousin mobilisé, Pierre Lechartier, est tué au combat, à quelques kilomètres des positions tenues par Albert Chevalier et son régiment. La famille n’en a, hélas, pas fini avec son lot de mauvaises nouvelles…
Le 13 août suivant, Albert Chevalier passe au 113e R.I. Ce dernier est alors en cantonnement entre Jubécourt et Ville-sur-Cousances (55). Après une semaine, le régiment remonte en première ligne, dans une zone apparemment calme. Français et Allemands sont occupés à entretenir leurs tranchées : on s’observe de loin…on tire quelques rafales pour rappeler à l’ordre. Cà et là, le Journal de marche note un blessé ou un tué, mais guère plus. À la fin du mois de septembre, néanmoins, les échanges de tirs semblent devenir plus intenses. On recense davantage de mouvements de troupe. Les ordres sont de mener des contre-attaques si nécessaires… Le 8 octobre 1915, le Journal de marche évoque le fait qu’un bataillon du 113e R.I. aide un peloton de sapeurs-pionniers à creuser des mines (longues galeries souterraines permettant d’installer des explosifs sous la tranchée ennemie). Albert Chevalier fait probablement partie des soldats engagés dans ce travail, car le lendemain, le jeune homme (âgé de tout juste 20 ans) meurt asphyxié dans l’effondrement de la galerie. Son corps est ressorti par les sapeurs du 1er R.G. (Régiment du Génie), qui travaillaient près de lui.
Une famille meurtrie par la guerre
La famille d’Albert Chevalier est l’une des familles stéphanaises à avoir perdu le plus de ses fils à la guerre.
- Marcel Turquier (cousin germain) est mortellement blessé et décède à 20 ans le 5 mai 1915.
- Prosper Turquier (cousin germain et frère aîné de Marcel Turquier) est tué à 29 ans le 2 juin 1915.
- Pierre Lechartier (cousin germain) est tué à 20 ans le 6 juin 1915.
- Albert Chevalier, notre soldat, meurt asphyxié, à 20 ans, le 9 octobre 1915.
- Georges Turquier (frère par alliance) ne leur survit que quelques mois, avant d’être à son tour mortellement blessé à 21 ans, le 17 avril 1916.
Tous les noms de ces jeunes hommes (à l’exception du cousin, Prosper Turquier) figurent, côte à côte, sur le monument aux morts de Saint-Étienne-du-Rouvray.
Ceux qui restent…
Il est difficile de ne pas penser à ceux qui restent… Angèle Barré, la mère d’Albert Chevalier, est veuve en 1913. Elle voit partir son beau-fils et ses deux fils aînés à la guerre. Tous ont alors entre 20 et 22 ans. Seul son fils aîné, Robert Chevalier (né en 1892), survit à la guerre. Il y contracte néanmoins la tuberculose en 1915, qui l’écarte momentanément des combats. Considéré comme de nouveau apte à combattre, il est renvoyé au front, mais participe à une rébellion qui lui vaut la dégradation militaire et huit années de réclusion.
Citation posthume au Journal Officiel de la République française (6 décembre 1921) : « Soldat plein d’entrain, courageux et dévoué. Mort des suites de blessures reçues, le 9 octobre 1915, en Argonne ».
Sources : fiche matricule, actes de naissance et de décès, registres d’état civil de Notre-Dame-de-Bondeville (76), de Maromme, La Vaupalière et de Saint-Étienne-du-Rouvray (76), fiche MdH, Livre d’Or, J.M.O et Historiques régimentaires des 31e, 46e et 113e R.I.
Autrice : Ariane Biard, professeure d’Histoire-Géographie et Ahmed-Saïd MERZOUK, 3eC, collège Paul Eluard, 2026.