Fiche d’identité
Naissance : 16 juin 1881, Roncq (59).
Décès : 26 mai 1916 (34 ans), Haudremont (55).
Profession : tisserand.
Grade : soldat, 63e Régiment d’Infanterie, classe 1901.
Campagne contre l’Allemagne : 11 août 1914 au 26 mai 1916 (1 an et 9 mois).
À quoi ressemblait-il ?
Antoine Wacrenier mesurait 1m64. Il avait le crâne rasé et les yeux bruns.
Il avait un niveau d’instruction primaire, ce qui signifie qu’il avait terminé l’école primaire à 13 ans, sans passer le certificat d’études.
Il était marié avec Céline Bocquart et vivait 55 rue de Paris à Saint-Étienne-du-Rouvray.
Biographie
Antoine Joseph Wacrenier naît le 16 juin 1881 à Roncq (59). Il est le 5e fils d’une fratrie de 7 enfants. Alors qu’il est encore très jeune, deux petites sœurs décèdent en 1884, à peine âgées de 3 mois et 1 an. La mère de famille, Zélie, meurt elle aussi en 1885, laissant seuls son époux et les 5 fils survivants. Antoine Wacrenier n’a alors que 4 ans…
Il grandit à Roncq puis suit sa famille à Halluin (59), une commune à quelques kilomètres de là, au nord de Lille. Il y devient tisserand. En 1901, alors qu’Antoine Wacrenier vient d’avoir 20 ans, son frère aîné, Jules, se marie avec une certaine Clémence Bocquart. C’est à cette occasion que le jeune homme rencontre sa future épouse, Céline Bocquart, sœur aînée de la mariée.
L’année suivante, Antoine Wacrenier se présente aux bureaux de l’Armée, afin de réaliser son service militaire obligatoire. Il intègre le 160e R.I. (Régiment d’Infanterie), auprès duquel il fait ses armes jusqu’en 1903. De retour à la vie civile et âgé de 23 ans, Antoine Wacrenier épouse Céline Bocquart, elle aussi ouvrière textile, de 5 ans son aînée. Les archives ne nous disent pas si le couple a, par la suite, eu des enfants.
Au début du XXe siècle, nombreux sont les Français à migrer vers les États-Unis, dans l’espoir d’une vie meilleure. En 1901 ou 1902 (les archives se contredisent sur ce point), l’un des frères aînés d’Antoine Wacrenier, Victor, a choisi cette voie et s’est installé à Paterson (New Jersey) afin d’y travailler dans l’industrie textile. Il est même naturalisé américain (ce faisant, il renonce à sa nationalité française et ne sera donc pas mobilisé en 1914…). Antoine Wacrenier observe cela de loin, sans doute avec beaucoup d’intérêt puisqu’en 1905, il migre à son tour vers les États-Unis avec son épouse. Ils embarquent tous deux (il n’y a donc pas d’enfants) à Anvers à la fin du mois de novembre et, après 12 jours de traversée, débarquent à Ellis Island (New York) où ils sont enregistrés dans les registres d’immigration. Grâce à ceux-ci, on sait qu’ils rejoignent le frère aîné, Victor, qui vit désormais à Hornellsville (à mi-chemin entre New York et Toronto). Ils y travaillent tous deux comme tisserands. L’année suivante, le 3ème frère aîné, Maurice, les rejoint à son tour. En France, ne restent plus que le père de famille et son tout premier fils. Antoine Wacrenier passe quelques années à travailler aux États-Unis. En 1909, il déménage avec son épouse et ses frères à Paterson, non loin de New York, où se trouvent de nombreuses usines textiles.
Les archives demeurent silencieuses sur la date de son retour en France. Néanmoins, le jeune homme semble s’installer avec son épouse à Saint-Étienne-du-Rouvray (peut-être en 1914), au 55 rue de la République. Lorsque la guerre éclate et que l’ordre de mobilisation générale est lancé, Antoine Wacrenier, alors âgé de 33 ans, intègre probablement le 43e R.I., alors stationné à Lille (59), qu’il rejoint 10 jours après la mobilisation. Sur ses deux frères restés aux États-Unis, seul Maurice est également mobilisé. Il rejoint son régiment mi-septembre 1914, probablement le temps de revenir sur le Vieux continent.
Antoine Wacrenier et ses camarades du 43e R.I. quittent Lille et prennent la direction de la Belgique, envahie par les troupes allemandes. Ils y connaissent leurs premiers combats, mais sont débordés par la puissance ennemie et entament la retraite vers le sud… Cette dernière, terriblement éprouvante, prend fin avec la Bataille de la Marne, au début du mois de septembre 1914. Le régiment connaît ensuite de sanglants combats dans l’Aisne, où il reste jusqu’en décembre 1914. Puis, il est acheminé vers la Champagne, où les assauts sont particulièrement meurtriers. Les conditions de vie sont dantesques. L’Historique régimentaire, qui chante la gloire du régiment, ne peut passer sous silence la boue et le froid, qui glacent les hommes jusqu’à la moelle. Au printemps 1915, Antoine Wacrenier est acheminé dans la Marne, où il alterne entre repos et travaux de terrassement pour créer les réseaux de tranchées.
En septembre, le régiment se déplace légèrement vers le nord-ouest et mène de nouveaux travaux près de Cormicy, sous un feu constant tiré depuis les positions ennemies. Alors que les soldats espèrent profiter de quelques semaines de repos au cœur de l’hiver 1916, la bataille de Verdun éclate, à l’est. Le 43e R.I. est envoyé défendre la ville et, à partir de la fin du mois de mars 1916, il y tient position sous des déluges de feu. Durant cette période, le frère d’Antoine Wacrenier, Maurice, qui combat dans la même zone au sein du 362e R.I., est porté disparu… Son régiment est anéanti le premier jour de la bataille : seuls 60 hommes, sur les 2 100 qui le composaient, en réchappent. La famille ne recevant un avis officiel qu’en juillet, il est possible qu’Antoine Wacrenier n’ait jamais appris la disparition de Maurice…
En avril 1916, le 43e R.I. quitte le secteur de Verdun et est envoyé, par voie de chemin de fer, vers Craonne (02). Le 7 mai 1916, à la faveur de remaniements, notre soldat est affecté au 63e R.I. … qui combat à Verdun. C’est le retour vers l’enfer… Là-bas, les combats sont quotidiens et les bombardements d’une violence inouïe. Dans la nuit du 25 au 26 mai, les compagnies du 63e R.I. doivent faire face à une tentative d’infiltration des troupes allemandes, qui viennent de reprendre Douaumont. Dans le combat qui suit, 139 hommes sont tués ou portés disparus. Parmi eux se trouve Antoine Wacrenier, qui disparaît à la veille de ses 35 ans, trois mois après son frère aîné…
Sources : fiche matricule, actes de naissance, de mariage et de décès, registres d’état civil de Roncq et Halluin (59), registre d’immigration d’Ellis Island (New York), fiche MdH, Livre d’Or de Saint-Étienne-du-Rouvray, Historiques du 43e et du 63e R.I., J.M.O. du 63e R.I.
Autrice : Ariane Biard, professeure d’Histoire-Géographie et Bachar El Azmi, 3eC, collège Paul Eluard, 2026.