Naissance : 26 mai 1894, Saint-Étienne-du-Rouvray.
Décès : 17 avril 1916 (21 ans), Les Monthairons (55).
Profession : journalier.
Grade : soldat, 51e Régiment d’Infanterie, classe 1914.
Campagne contre l’Allemagne : 1er septembre 1914 au 17 avril 1916 (1 an et 8 mois).
À quoi ressemblait-il ?
Les archives ne donnent aucune description physique de Georges Turquier.
Il avait le niveau d’instruction 2 donc il savait lire et écrire, mais n’avait probablement pas terminé son cursus scolaire.
Il était célibataire et vivait chez sa belle-mère au 31 rue Parmentier, à Saint-Étienne-du-Rouvray (76).
Georges Alphonse Turquier naît le 26 mai 1894 à Saint-Étienne-du-Rouvray (76), dans une famille d’ouvriers textiles. S’il est leur quatrième enfant, il n’a en réalité qu’un seul frère aîné, Marcel (1890), les deux autres petits garçons étant morts avant leurs 3 mois. L’année suivante, c’est une fillette, Marie, qui vient rejoindre la famille. Georges Turquier grandit dans la commune. Alors qu’il n’a que 7 ans, sa mère, Maria Blanquet, décède à son tour, laissant le père veuf et ses trois jeunes enfants. Ce dernier se remarie à peine plus d’un an après, avec une autre veuve, mère de deux jeunes garçons. Parmi eux se trouve Albert Chevalier, qui a à peine un an d’écart avec Georges Turquier. Les deux garçons grandissent donc ensemble, durant une dizaine d’années.
Cette famille recomposée s’installe 31 rue Parmentier, où le couple donne naissance à un fils, Henri, qui sera le lien entre toute la fratrie. Durant la période, Georges Turquier devient journalier. Le malheur n’est hélas jamais loin… Léopold Turquier, le père, décède à son tour en 1913, laissant derrière lui sa veuve et les 6 enfants de la famille recomposée, qui continuent à vivre à la même adresse.
Durant l’été 1914, alors que Georges Turquier vient d’avoir 20 ans, la guerre, qui n’était jusque là qu’une rumeur qui enflait, devient réalité. Tous les hommes en âge de combattre sont mobilisés. Même s’il n’a pas encore effectué son service militaire, Georges Turquier est appelé. Il se rend aux bureaux de l’Armée le 1er septembre 1914, avec son cousin germain Marcel Turquier. Dans les archives militaires, les deux garçons sont enregistrés l’un à la suite de l’autre, ce qui signifie qu’ils ont attendu ensemble devant les bureaux de recrutement. Chacun est affecté à un régiment différent et leurs chemins se séparent.
Georges Turquier intègre le 51e R.I. (Régiment d’Infanterie) : il fait partie des Bleuets, ces garçons envoyés directement au front pour réaliser leur service militaire obligatoire. Le jeune homme suit une période de formation, durant laquelle il apprend que son frère par alliance (Albert Chevalier) ainsi qu’un autre cousin germain (Pierre Lechartier) viennent à leur tour de rejoindre l’Armée, à tout juste 19 ans.
Au début de l’année 1915, Georges Turquier rejoint son régiment, qui cantonne en Argonne. C’est en février 1915 qu’il connaît son baptême du feu : le 51e R.I. reçoit l’ordre de crever le front et de s’emparer d’une position allemande située au sommet d’une côte. Après sept jours de combats intenses, c’est un succès. Deux mois plus tard, le régiment est envoyé dans la Woëvre. A partir de la fin avril, Georges Turquier combat dans le secteur de la tranchée de Calonne (55), au sud de Verdun. Le 26 avril, son cousin, Marcel Turquier, y est gravement blessé. Il décède, à 20 ans, dans un hôpital de Verdun le 5 mai suivant. Le 51e R.I. tient le même secteur durant tout l’été. L’Historique régimentaire évoque la chaleur et les odeurs de cadavres, déterrés par les explosions d’obus. Les deux autres jeunes hommes de la famille, Pierre Lechartier et Albert Chevalier, combattent non loin, en Argonne. Aucun d’eux de survivra : le premier est tué le 6 juin 1915. Quant au second, il meurt asphyxié dans une galerie de mine le 9 octobre suivant… Il est aisé d’imaginer à quelle point la famille est frappée d’horreur devant la perte successive de ses fils…
Georges Turquier et ses camarades circulent ensuite dans la région de Verdun et y passent l’hiver 1915. On annonce une grande offensive allemande : il faut donc préparer le terrain, bouleversé par les combats de l’été précédent. Les archives mentionnent les conditions de vie, très difficiles : l’eau et la boue envahissent tout. Les soldats, transis, pataugent en permanence. Dès février, les combats commencent. Nous sommes au sud de Verdun, où la célèbre bataille vient de débuter.
En avril, le 51e R.I. doit tenir ses positions. Les bombardements sont quasiment quotidiens. Dans ces conditions, Georges Turquier est à son tour grièvement blessé. Il décède le 17 avril 1916, à tout juste 21 ans, lors de son transfère en ambulance vers un hôpital de Verdun.
Une famille meurtrie par la guerre
La famille de Georges Turquier est l’une des familles stéphanaises à avoir perdu le plus de ses fils à la guerre :
- Marcel Turquier (cousin germain) est mortellement blessé et décède à 20 ans le 5 mai 1915.
- Prosper Turquier (cousin germain et frère aîné de Marcel Turquier) est tué à 29 ans le 2 juin 1915.
- Pierre Lechartier (cousin germain) est tué à 20 ans le 6 juin 1915.
- Albert Chevalier (frère par alliance) meurt asphyxié, à 20 ans, le 9 octobre 1915.
- Georges Turquier, notre soldat, ne leur survit que quelques mois, avant d’être à son tour mortellement blessé à 21 ans, le 17 avril 1916.
Tous les noms de ces jeunes hommes (à l’exception du cousin, Prosper Turquier) figurent, côte à côte, sur le monument aux morts de Saint-Étienne-du-Rouvray.
Ceux qui restent…
Il est difficile de ne pas penser à ceux qui restent… Angèle Barré, la belle-mère de Georges Turquier (qui l’élève comme son fils à partir de ses 8 ans) est veuve en 1913. Elle voit partir son beau-fils et ses deux fils à la guerre. Tous ont alors entre 20 et 22 ans. Seul son fils aîné, Robert Chevalier (né en 1892), survit à la guerre. Il y contracte néanmoins la tuberculose en 1915, qui l’écarte momentanément des combats. Considéré comme de nouveau apte à combattre, il est renvoyé au front, mais participe à une rébellion qui lui vaut la dégradation militaire et huit années de réclusion.
Sources : fiche matricule, acte de naissance, registres d’état civil de Saint-Étienne-du-Rouvray (76) fiche MdH, Livre d’Or, J.M.O. et Historique du 51e R.I.
Autrice : Ariane Biard, professeure d’Histoire-Géographie et Mustafa OZKAN, 3eC, collège Paul Eluard, 2026.