Devoir de mémoire – biographie de Marius BLOTIERE

Fiche d’identité

Naissance : 27 mars 1886, Sainte-Geneviève (60).
Décès : 16 avril 1917 (31 ans), Berry-au-Bac (02).
Profession : éventailliste.
Grade : caporal, 322e Régiment d’Infanterie, classe 1906.
Campagne contre l’Allemagne : 4 août 1914 au 16 avril 1917 (2 ans et 8 mois).
Décoration : croix de guerre avec étoiles de bronze et de vermeil.

À quoi ressemblait-il ?

Marius Blotière mesurait 1m60. Il avait le crâne rasé et les yeux bleus.
Il avait un niveau d’instruction primaire, ce qui signifie qu’il avait terminé l’école primaire à 13 ans, sans passer le certificat d’études.
Il était marié à une stéphanaise, Juliette Duval, et vivait à Sainte-Geneviève (60).

Biographie

Marius Louis Blotière naît le 27 mars 1886 à Sainte-Geneviève (60), d’un très jeune couple d’artisans dont il est le premier enfant. Dans les années qui suivent, 5 frères et sœurs viennent compléter le tableau. Le malheur frappe la famille assez tôt…à 9 ans, Marius Blotière perd une petite sœur.

En 1902, alors que le benjamin de la fratrie vient de naître et que Marius a 16 ans, le père de famille décède à son tour, laissant la mère seule avec cinq enfants à charge.

Quelques années plus tard, alors qu’il a tout juste 20 ans, Marius Blotière se présente aux bureaux de l’Armée afin de réaliser son service militaire obligatoire. Dans la fiche de renseignement alors complétée, on apprend qu’il est devenu éventailliste, un métier d’artisanat d’art, assez proche de celui de ses parents. Etant l’aîné de la famille et en charge de subvenir aux besoins de tous, son service militaire est décalé d’un an. Il le réalise au sein du 51e R.I. (Régiment d’Infanterie), dont la caserne se situe à
Beauvais, entre 1907 et 1909.

Revenu à la vie civile, il rencontre Juliette Duval, une jeune stéphanaise âgée de 25 ans, qu’il épouse à Saint-Étienne-du-Rouvray (76) à la fin du mois de novembre 1910. Il semblerait que le couple revienne ensuite s’installer à Sainte-Geneviève, puisque Marius sert de témoin à son frère cadet pour la naissance du premier enfant de ce dernier, en 1914. Les archives ne mentionnent en revanche aucune descendance pour Marius Blotière et son épouse, Juliette.

Au début du mois d’août 1914, la Première guerre mondiale éclate. Le jeune homme, alors âgé de 28 ans, est immédiatement mobilisé au sein du 51e R.I., qu’il rejoint à Beauvais. Le régiment, fort de plus de 3 000 soldats, franchit la frontière belge le 22 août et y connaît son baptême du feu, particulièrement meurtrier. Deux jours plus tard, face aux forces allemandes nettement supérieures en nombre et en équipement, le 51e R.I. reçoit l’ordre de battre en retraite, dans des conditions dantesques, pendant près d’une semaine. Les troupes cessent de fuir au début du mois de septembre et se lancent dans la bataille de la Marne, première victoire française qui permet d’arrêter la progression ennemie vers Paris. Marius Blotière et ses compagnons tiennent par la suite des positions en Argonne, où les premières tranchées sont creusées.

Le 20 septembre 1914, lors d’un bombardement, le jeune homme reçoit un éclat d’obus à la cuisse. S’il refuse d’abord d’être évacué, il est néanmoins probablement envoyé dans des hôpitaux de campagne, à l’arrière, afin d’être soigné. Cela lui laisse un temps de répit puisqu’il ne revient au front qu’à la fin du mois d’avril 1915. Le régiment est alors en train de combattre dans la Tranchée de Calonne (55). Dans les troupes allemandes qui lui font face se trouve l’écrivain Ernst Jünger (l’auteur d’Orage d’acier, 1920), qui y est gravement blessé quelques jours avant le retour de Marius Blotière.

Le 51e R.I. navigue ensuite entre l’Argonne, le Woëvre et la Champagne, où il combat dans des zones connues… Tahure, Les Hurlus…et de nouveau la Tranchée de Calonne. Au printemps 1916, Marius Blotière se distingue en réparant, sous un violent bombardement, des lignes téléphoniques, indispensables à la communication entre tranchées et postes de commandement.

Pour son action d’éclat, le jeune homme, alors âgé de 30 ans, est promu caporal et reçoit une citation à l’ordre du régiment ainsi que la croix de guerre étoile de bronze. Un mois plus tard, en juin 1916, notre soldat est affecté au 332e R.I. Ce dernier se trouve alors dans l’Aisne, où il tiendra la tranchée du Choléra jusqu’au mois de décembre 1916, avant d’être de nouveau acheminé en Champagne en prévision de l’offensive d’avril 1917. Le 16 avril 1917, une attaque d’ampleur est lancée à Berry-au-Bac : c’est le début de la bataille du Chemin des Dames. Cette première journée est un succès. Malgré la résistance ennemie, les positions allemandes sont conquises et 300 prisonniers sont capturés. Néanmoins, le régiment recense près de 650 victimes. Parmi elles se trouve Marius Blotière, mortellement touché par les balles ennemies, tombé au combat à 31 ans.

Anecdotes

  • Marius Blotière n’a jamais vécu à Saint-Étienne-du-Rouvray et n’en est pas non plus originaire. Néanmoins, il épouse une Stéphanaise, Juliette Duval. C’est d’ailleurs probablement cette dernière qui demande, après la guerre, à ce que le nom de son époux figure sur le monument aux morts de la commune normande.
  • Juliette Duval est durement touchée par la guerre. Issue d’une famille nombreuse, elle perd deux frères aînés durant la bataille de Verdun, l’un (Gabriel Duval) en février 1916 et l’autre (Arthur Duval) en avril 1916.

Citation à l’ordre du Régiment, 19 mai 1916 : « Excellent soldat, courageux et dévoué, ayant toujours eu une belle attitude au feu. Blessé le 20/09/1914, a refusé de se faire évacuer. S’est particulièrement distingué dans les journées des 29 et 30/04/1916 où sous un bombardement violent il n’a pas hésité à réparer les lignes téléphoniques existantes et à en installer de nouvelles dans des circonstances très difficiles »

Citation à l’ordre du corps d’armée, 25 mai 1917 : « Caporal téléphoniste, brave et énergique, a assuré avec un entrain et un dévouement remarquables le service des liaisons et la surveillance des lignes . Frappé mortellement en accomplissant son devoir au cours des combats d’avril 1917 ».


Sources : fiche matricule, actes de naissance et de décès, registres d’état civil de Sainte-Geneviève (60), fiche MdH, Livre d’Or, J.M.O. et Historiques des 51e et 332e R.I.
Autrice : Ariane Biard, professeure d’Histoire-Géographie et Cinda AYARI, 3eC, collège Paul Eluard, 2026.