Suite à l’annonce début mai du désengagement financier de la Région Normandie, le projet autoroutier de contournement Est de Rouen semble définitivement enterré. Seule manque une confirmation officielle de l’État.
« Sur des programmes routiers qui nous semblaient importants pour la région et bien sûr pour la ville ou le département concerné, eh bien on ne pourra plus accompagner. » C’est ainsi que le président de la Région Normandie, Hervé Morin, s’est exprimé au micro de France 3, lundi 4 mai 2026, en marge de la visite du chantier de raccordement de la Sud III au pont Flaubert à Rouen. L’annonce a de quoi dérouter les défenseurs du contournement Est de Rouen, puisque la Région Normandie en était, sur le papier, le plus grand financeur local avec 205 millions d’euros prévus. Perçu comme une victoire par les opposants à l’autoroute, ce désengagement n’officialise cependant pas l’abandon du projet, que le Département continue de soutenir. Opposants et collectivités locales attendent donc une annonce de l’État. À noter que la déclaration d’utilité publique (DUP), valable 10 ans et qui autorise les expropriations sur le tracé du projet, expire en novembre 2027.
En mots
« Les projets routiers, c’est fini ».
Hervé Morin, président de la Région Normandie, lors de sa visite du chantier de raccordement de la Sud III au pont Flaubert, début mai 2026. « Désormais, la Région va se concentrer exclusivement sur le ferroviaire », ajoutant à propos du projet de contournement Est que « le gouvernement l’a de toute façon quasi enterré, on attend simplement qu’il prenne ses responsabilités et qu’il nous le dise, c’est tout ».
Paris Normandie – 4 mai 2026
« Pour l’instant, je maintiens l’inscription de 42 millions d’euros dans le plan pluriannuel d’investissement du Département. »
Bertrand Bellanger, mai 2026, suite à la déclaration d’Hervé
Morin.
Paris Normandie – 4 mai 2026
« Le Conseil constate l’impossibilité de le conduire en l’état. »
Phrase issue du rapport d’avril 2026 sur le contournement Est,
publié par le Conseil d’orientation des infrastructures (COI), dont
le rôle est de prioriser au niveau national les investissements
gouvernementaux en matière de transport.
« C’est une grande victoire d’étape pour nous, mais la décision doit encore être actée par le ministre des Transports Philippe Tabarot. »
Lydie Rousseau, présidente de l’association Non à l’autoroute (créée il y a 26 ans) suite à la publication du rapport du (COI).
Actu 76 – 23 avril 2026
« Sans consensus, le projet ne verra pas le jour. »
Le ministre des Transports, Philippe Tabarot, en juillet 2025.
Paris Normandie – 3 juillet 2025
« L’abandon doit ouvrir la voie à des solutions d’avenir. »
Le maire stéphanais Joachim Moyse, suite aux propos du président de Région : « La déclaration d’Hervé Morin marque un tournant majeur […]. C’est reconnaître enfin l’impasse du projet autoroutier de contournement Est de Rouen. L’abandon doit ouvrir la voie à des solutions d’avenir développement des transports en commun renforcement du ferroviaire et la mise en place d’un véritable service express régional métropolitain. »
« Ce projet appartient à une autre époque. »
Hubert Wulfranc en mai 2016, alors maire de Saint-Étienne-du-Rouvray, tandis que l’enquête publique relative au contournement Est était en train d’être menée auprès de la population.
Le Stéphanais – mai 2016.
En chiffres
3 raisons avancées par le Conseil d’orientation des infrastructures (COI) pour conclure à l’impossibilité de conduire le contournement Est en l’état.
- 1 : les doutes sur la pertinence des concessions.
- 2 : l’articulation avec les politiques de mobilités.
- 3 : l’émergence du projet de service express de trains métropolitains (source : contexte.com : rapport « grands projets, le temps de choix », COI).
5 euros : le coût estimé du trajet pour les automobilistes qui auraient dû payer un péage pour circuler sur l’autoroute, soit 1 euro tous les 8,3 km.
8 viaducs à construire pour créer l’autoroute, ainsi que 9 échangeurs.
18 mois avant que la déclaration d’utilité publique (DUP) de 2017 soit expirée. La DUP permet de « procéder aux expropriations nécessaires à l’exécution des travaux dans un délai de 10 ans ».
41,5 kilomètres d’autoroute prévus à la construction pour relier l’A28 qui part vers le Nord et l’A13 qui part vers Paris.
54 ans depuis lesquels on parle du contournement Est de Rouen et au cours desquels ce dernier est resté à l’état de projet (première évocation en 1972 dans les schémas directeurs), avant de se retrouver avec quasiment aucun financement en 2026.
500 hectares de terres agricoles qui seraient détruits par le projet.
2024 : année de mise en service estimée, en 2015. Les dernières estimations tablent sur un début de construction en 2027.
25 000 véhicules attendus en moyenne par jour sur le tracé.
50 000 tonnes d’émissions de gaz à effet de serre créées chaque année par le trafic routier sur ces 41,5 km.
1 milliard d’euros : le coût TTC du projet, un chiffre jugé « bien en deçà » du coût réel du projet par le président de la Métropole Nicolas Mayer Rossignol et les opposants comme le collectif Non à l’A133-A134.